Accueil  > Transversales > La maladie : une discorde philosophique
 
Transversales
 
 
La maladie : une discorde philosophique
juin 2014


Claire Marin. La maladie, catastrophe intime. Collection Questions de soins. PUF, 2014. 86 pages, 8 euros.

13060201-Paris

La question initiale du livre intéresse au premier chef tout soignant : qui peut, qui sait soigner la douleur de ne plus être soi ? Car toute maladie provoque chez le patient cette catastrophe intime : la continuité du sentiment de soi est rompue. Une partie de lui qu’il ignorait semble venir à l’existence, comme s’il était en même temps hanté et fantôme à l’identité inconsistante. Sa chair malade vit d’elle-même, sans le besoin de sa conscience ni de ses émotions : peur d’aller vers l’animal ou le cadavre.

Parce qu’elle met à nu le sentiment même de soi, la maladie est ainsi l’occasion de fouiller une interrogation très contemporaine : que (qui) suis je ? Pour Claire Marin, deux réponses sont possibles. La première, qu’elle écarte, est de répondre que « je » est inconsistant, multiple, sujet à variations. En définitive la maladie ne fait que révéler cette incertitude fondamentale et certes, inconfortable. Je suis étranger à moi-même, je le ressens physiquement, je peux devenir un autre que moi-même.

La seconde réponse, qu’elle privilégie, est de poser le soi comme une habitude, une manière d’être, un style en somme. Peu importe sa définition. Ce qui compte, c’est l’arrangement des multiples facettes de moi-même, connues ou non, qui me permettent d’agir, de vivre. Cet arrangement n’a pas besoin d’être conscient, il n’a qu’à être éprouvé. Relever de maladie consiste donc à « faire peau neuve », en quelque sorte, à retrouver le goût de la vie.

Que fait ici le soignant ? il rééduque le patient. Claire Marin convoque deux figures : les parents, car il s’agit de prendre soin comme d’un enfant, avec une multiplicité d’attentions qui visent à faire « bien se porter » ; le kinésithérapeute, car le toucher restitue le corps.

Jackie Pigeaud (voir son entretien dans les Carnets) explique qu’à un moment de l’Antiquité grecque, la philosophie et la médecine se sont partagées le travail : à l’une l’esprit, à l’autre le corps. Depuis, l’Occident vit sur cette partition, que la psychiatrie a tenté de recoudre. Il existe aujourd’hui un mouvement philosophique et un mouvement soignant autour de la notion de « care », ou de soin. Il s’agit pour l’un et pour l’autre de réconcilier entendement et émotion, âme et corps, et pour cela de se pencher sur la souffrance. Car elle articule le rapport à soi-même et aux autres, comme se constituant l’un par l’autre. Reste le rapport aux institutions, pour suivre Paul Ricoeur, qui inspire largement ces réflexions en France, mais c’est une autre histoire.

Morceau choisi :

Dans un instrument à cordes, l’âme est une petite pièce placée sur la caisse de résonance qui influe sur la qualité du son. Lorsque celle-ci est abîmée, on diagnostique une poétique "fracture de l’âme". Comme dans un violon, il y a sans doute dans l’être humain une petite pièce invisible qui, déplacée ou fêlée, change profondément la tonalité d’un être et l’empêche de jouer sa petite mélodie intérieure.




     
Mots clés liés à cet article
  professionnels de santé corps/esprit masseurs kinésithérapeutes attention care émotions individu
     
     
Envoyer un commentaire Imprimer cet article
 
     
   
  Humeurs
Entretiens
Déterminants de santé
Problèmes de santé
Organisation des soins
Professionnels de santé
Economie de la santé
International
Transversales
Société
Chantiers
Images
Portail
Initiatives
Bonheurs du jour
   
   
Proposer un article
S'inscrire à la newsletter
Mots clés
Emploi
Liens
Contact
   
 
 
 
Wikio - Top des blogs - Santé et bien être