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Les Français et la Sécu : deux études de la DREES
août 2008


La DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) publie dans sa revue Études et Résultats (numéro 651 et 652 d’août 2008) les résultats de ses enquêtes annuelles sur l’opinion des Français à propos de la Sécurité sociale (4 000 personnes interrogées). Comme il serait franchement dommage de se contenter d’un résumé, étant donnée l’importance des débats à venir sur les choix à faire pour réformer le financement du système de soins, en voici quelque morceaux choisis (les deux enquêtes sont rassemblées ici).

Vive la Sécu !

" Plus de la moitié des Français interrogés considèrent comme normale la part du revenu national consacrée au financement de la protection sociale (un quart du revenu national, information communiquée lors de l’enquête). Les Français les plus critiques sur ce volume des dépenses sont les indépendants sans salariés et les artisans, commerçants. À l’inverse, les chômeurs et les RMIstes jugent ce volume insuffisant.

Vivent les dépenses de santé ! Vive l’égalité d’accès aux soins !

De manière stable depuis 2004, les Français sont majoritaires à justifier l’augmentation des dépenses de santé. 67 % estiment que dans un pays développé, il est normal que l’on dépense de plus en plus en pour la santé. Les personnes les plus réticentes à accepter une limitation des dépenses sont les moins diplômées et font partie des foyers ayant les plus faibles revenus.

L’attachement au système de protection sociale fondé sur la répartition reste fort et constant. Une mise en concurrence des caisses publiques et des assurances privées dans le système de protection sociale est perçue comme une mauvaise chose par 63 % des enquêtés (+7 points en cinq ans). Proportion stable depuis cinq ans, au total 81 % des Français interrogés estiment que les systèmes d’assurance maladie ou de retraite doivent rester essentiellement publics.

Seuls 24 % des Français jugent que s’il n’y avait pas le monopole de la Sécurité sociale, ça marcherait mieux, opinion qui a baissé de 2000 à 2004 pour augmenter légèrement depuis. Ils sont cependant 85 % à considérer que les dépenses de santé sont trop élevées en raison d’une mauvaise gestion du système de santé (+7 points en 6 ans).

Les Français sont près des trois quarts (73 %) à croire en l’efficacité des pouvoirs publics pour résoudre l’essentiel des problèmes de financement de la protection sociale. Plus généralement, ils sont aussi nombreux à souhaiter conserver la société française en l’état avec la mise en place de quelques réformes (75 %) plutôt que de la changer radicalement (19%).

Selon 81 % des personnes interrogées, tout le monde doit pouvoir bénéficier de l’assurance maladie. L’opinion que tout le monde peut être soigné quel que soit son revenu s’est accrue (+6 points depuis 2000). Cependant, depuis sept ans une proportion stable de six Français sur dix et principalement les personnes les plus diplômées, estiment qu’il existe des inégalités dans l’accès aux soins et dans la qualité des soins prodigués selon le lieu d’habitation et les revenus.

Parmi les mesures que les Français placent en tête pour réduire les dépenses de santé, celles consistant à limiter la liberté des médecins concernant les prix de leur consultation et à modifier leurs habitudes en termes de prescription sont citées majoritairement par plus de sept personnes interrogées sur dix, cette proportion étant stable depuis l’année dernière.
Le parcours de soins par le médecin traitant est de mieux en mieux accepté puisque 68 % des enquêtés soutiennent la mesure contre 63 % en 2005.
Pour la première fois depuis deux ans, la majorité des personnes interrogées estiment que la réforme concernant le médecin traitant a des bénéfices sur la réduction des dépenses de santé. _Comme les années précédentes, seul un tiers des Français (35 %, +3 points par rapport à 2006) trouve normal le fait d’être moins remboursé en passant directement chez un spécialiste sans consulter un généraliste auparavant et seulement 24 % des Français jugent normal que dans ce cadre la consultation soit plus chère.

Les solutions visant à limiter le remboursement de certaines prestations ou à augmenter les cotisations sont toujours moins bien acceptées (46 % et 18 % d’opinions favorables). Les plus diplômés sont plus ouverts à des augmentations de cotisations que les moins diplômés.
La moitié des Français (53 %), surtout les ouvriers, les chômeurs et les moins diplômés (+4, +13 et +5 points au-dessus de la moyenne) seraient tentés de limiter leurs dépenses de soins en cas de diminution des remboursements de certaines prestations par l’assurance maladie (+8 points depuis 2004).
Un quart des Français (26 %), notamment les plus diplômés, seraient prêts à augmenter leurs cotisations pour une mutuelle ou une assurance complémentaire qui maintiendrait le niveau de remboursement global. 14 % d’entre eux accepteraient de payer de leur poche la baisse de ces remboursements. C’est le cas, en particulier, des personnes les plus âgées, des personnes les plus diplômées, des agriculteurs et des cadres supérieurs et professions libérales.
La moitié des personnes interrogées juge que la participation forfaitaire de un euro payable lors des actes médicaux est une source d’inégalités d’accès aux soins. Moins d’un Français sur deux (46 %) pense que cette participation responsabilise les patients en évitant d’aller consulter le médecin pour les soins inutiles.

De manière stable depuis 2005, plus de la moitié des Français estiment que les informations en matière de santé sont trop présentes et trop compliquées pour se faire une opinion propre (53 %).

Pour la première fois depuis 2002, les Français sont majoritaires (50%) à ne faire confiance qu’à leur médecin pour obtenir des informations sur la santé.

Ils sont cependant de plus en plus préoccupés par les risques sanitaires liés à l’alimentation.

Inquiétudes sur les retraites : ça grimpe encore

La tendance observée cette année met en évidence un pessimisme grandissant tant sur le niveau de vie des retraités actuels que sur l’âge prévu de départ à la retraite. Les Français les plus favorables à l’idée d’un « complément d’assurance ou d’épargne individuelle » sont les plus jeunes (moins de 35 ans : 50 %) mais aussi les employés (46 %), les ouvriers (45 %) et les salariés du secteur privé (40 %). Aucune des solutions proposées (pour le financement des retraites) ne fait l’unanimité, montrant une préférence exprimée par défaut plutôt que par choix de la part des Français.

Vive la solidarité avec les personnes victime de handicap !

Les Français sont toujours plus nombreux à convenir que la prise en charge des personnes âgées dépendantes incombe à l’État (48 %). Ils souhaitent majoritairement voir attribuer les aides aux personnes âgées en priorité à celles disposant de faibles revenus (76 %) et non pas les voir attribuer sans conditions de ressources (22 %).

Les Français considèrent que la société fait de plus en plus d’efforts pour intégrer les personnes handicapées. C’est avant tout à l’État que doit revenir la prise en charge des personnes handicapées (62 %) plutôt qu’aux collectivités locales (10 %), aux caisses d’assurance maladie (9 %), aux familles des personnes concernées (9 %) ou aux associations (5 %).
L’accès à tous les lieux publics et aux équipements collectifs pour les personnes handicapées est demandé par 82 % des Français. Seuls 17 % d’entre eux estiment qu’une telle mesure n’est pas possible car elle coûterait trop cher à la collectivité.
Quasiment la moitié des Français (47 %) considèrent que la première mesure permettant d’améliorer l’accès à l’emploi des personnes handicapées consiste à fixer une proportion minimum de travailleurs handicapés aux entreprises.
Quasiment tous les Français interrogés trouvent qu’il est normal que l’allocation aux adultes handicapés soit plus élevée que le RMI (93 %).

La pauvreté est une menace

La majorité des Français (63 %) considèrent que la pauvreté et l’exclusion peuvent concerner n’importe qui. Du fait de la conjoncture économique, ils sont plus nombreux (83 %) à penser que la pauvreté et l’exclusion ont augmenté en France au cours des cinq dernières années.
Être pauvre ou exclu aujourd’hui, c’est avant tout ne pas pouvoir satisfaire aux besoins de première nécessité : ne pas manger à sa faim (81 % de citations) et ne pas avoir de logement (77 %).
L’absence de soin est ensuite le symbole le plus cité (54 %), loin devant ce qui relève plus directement du niveau de ressources, notamment le fait d’élever seul ses enfants avec de faibles ressources (25 %) ou le chômage de longue durée (18 %).
Les Français n’ont pas une idée très claire des catégories de populations davantage exposées à la pauvreté. Aujourd’hui en France, la pauvreté touche davantage les familles monoparentales et les jeunes de moins de 30 ans. Or, très peu de Français citent les familles monoparentales dans le cadre de l’enquête.

86 % des Français estiment que l’attribution du RMI doit être soumise à des contreparties : les bénéficiaires doivent rechercher un emploi (96 %), accepter d’effectuer un stage de formation (94%) et faire des efforts pour s’insérer socialement (93 %). Ils devraient en outre participer à une tâche d’intérêt général (83 %) et dans une moindre mesure, accepter les emplois qui leur sont proposés (79 %).

Le logement : un problème croissant

En matière de politique familiale, la priorité pour les interviewés est devenue, depuis deux ans, l’amélioration des conditions de logement des familles, pour 35 % (+15 points depuis 2001). Avant 2006, la priorité portait sur le fait de concilier vie familiale et vie professionnelle (31%, au même niveau qu’en 2000).
Les familles à aider en priorité sont avant tout celles ayant des revenus modestes (47 %), puis en seconde position les familles monoparentales (21 %) et en troisième position les familles nombreuses (10 %).

Depuis 2004, la moitié des Français se préoccupe prioritairement de l’insertion professionnelle des jeunes au détriment de tout autre type d’action à mener en leur faveur : ainsi, 50 % des Français jugent fondamental de renforcer les dispositifs d’insertion et de formation des jeunes sans emploi et sans qualification.

Vivent la crèche, les assistantes maternelles et les grands-parents !

De manière stable depuis 2004, la crèche est perçue comme le meilleur mode de garde pour des enfants en bas âge en dehors des parents (44 %). En revanche, pour la première fois lors de cette enquête, la garde par une assistante maternelle à son domicile est privilégiée (22 %) par rapport à la garde des grands-parents (21 %).
Presque la moitié des Français (46 %, même niveau qu’en 2006) estiment que, pour les enfants en bas âge, il est primordial de développer conjointement les services d’accueil des enfants et d’aménager le temps de travail des parents.
Les Français sont de plus en plus nombreux à demander à ce que les hommes puissent bénéficier d’aménagement du temps de travail au même titre que les femmes (58%, +4 points depuis l’an dernier et +10 points depuis mai 2000).

Études et Résultats numéros 651 et 652 (DREES)

Voir aussi l’enquête d’opinion du CISS (Collectif interassociatif sur la santé) de janvier 2008 (compte-rendu dans Carnets de santé).




     
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  inégalités assurance maladie sécurité sociale famille dépendance handicap opinion niveau de vie précarité égalité hommes-femmes
     
     
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