Accueil  > Humeurs > Mourir comme un chien
 
Humeurs
 
 
Mourir comme un chien
décembre 2009


Un texte sur une situation lamentable dans le pays des Droits de l’Homme, par Philippe Costes.

Je m’appelle Orace et je suis de la race canine, je vous écris ce petit mot du paradis des chiens où je me trouve désormais.

Ces quelques lignes pour vous faire part de mon expérience terrestre, le point de vue d’un chien en quelque sorte.

Je suis venu au monde en novembre 1998, issue d’une portée de cinq frères et sœurs que j’ai très peu connus car deux mois après ma naissance, j’ai été placé dans une animalerie de la région parisienne.

Ma vie a donc débuté derrière les vitres d’une cage et j’en ai vu passer du monde, jusqu’à ce jour béni de janvier 1999 où enfin une famille m’a adopté.

Enfin libre, enfin choyé, enfin aimé par mes nouveaux maîtres composés des parents : Valérie, Philippe et des enfants, Alyzée, 8 ans, et Jérôme, 11 ans.

Une belle vie qui s’écoulait dans l’amour de mes maîtres avec qui je partageais tout, jusqu’à ce jour où Jérôme est tombé malade, un cancer venait s’installer dans notre vie si paisible auparavant.

Pendant trois ans je les ai vus tous les quatre faire bloc et se battre contre cette maladie avec tant de force, que je pensais dans ma petite tête de cabot que les choses allaient rentrer dans l’ordre et que nous pourrions revenir à une vie normale, mais hélas ! la vie ici bas est plus complexe, le combat à lui seul ne suffit pas.

La dernière fois que j’ai vu mon petit maître Jérôme, c’était le 7 décembre 2004, il avait 16 ans. Comme très souvent il est allé dans cet institut pour y passer quelques jours, sauf que cette fois-ci il n’est jamais revenu….

Sans le comprendre dans un premier temps, en ce jour du 24 décembre 2004, j’ai fait la fête à tant de personnes qui sont venues voir mes maîtres en pleurs, en fait elles étaient venues pour accompagner Jérôme dans sa dernière demeure, un jardin tapissé de marbre…

Combien de jours, combien de nuits, ai-je entendu les sanglots de mes maîtres ? Je ne peux le dire, mais depuis cette date maudite, la maison était devenue bien triste. Combien de fois ai-je entendu mes maîtres revivre les derniers instants de vie de Jérôme ? Cette fin de vie indigne, cette fin de vie ignoble qui les torture car si j’ai bien compris, Jérôme n’a pas quitté ce monde dignement, mais par l’hypocrisie du « double effet » d’un traitement voulu par les seuls médecins.

Jérôme est parti par l’injection de plusieurs produits que les médecins ont administrés sans informer mes maîtres, sans qu’ils aient pu l’accompagner jusqu’à son dernier souffle … J’ai cru comprendre aussi qu’il n’était pas parti le visage apaisé…

J’ai cru comprendre également que les médecins, ayant fait cet acte dans leur dos, ne les ont pas accompagnés, ils les ont fuis, mes pauvres maîtres se sont retrouvés seuls, terriblement seuls, sans soutien, sans aide de leur part et cela les a encore plus détruits.

Depuis lors, ils se battent pour dénoncer l’hypocrisie de certaines fins de vie, « des euthanasies qui ne s’assument pas », tant de fois ils ont prononcé cette phrase avec des râles dans la voix.

J’ai fait tout ce que je pouvais pour les sortir de cette tristesse, de cette souffrance, quelque fois je réussissais et j’en était fier.

Les années ont passé, marqué par l’absence de Jérôme, jusqu’à ce que moi aussi je sois touché par la maladie, une infection que les différents vétérinaires n’ont pu soigner. Mes maîtres ont tout fait pendant deux mois pour me guérir, avec la même hargne que pour Jérôme, n’hésitant pas à dépenser une somme d’argent non négligeable, et malgré notre combat, sous les recommandations du dernier vétérinaire, il a fallu se rendre à la triste évidence, mes jours étaient comptés.

Je me souviens de ce lundi 14 septembre 2009 où le vétérinaire s’est adressé à eux pour leur dire qu’il fallait qu’ils lâchent prise et me laisser partir avant que je ne souffre trop et je leur ai fait comprendre qu’ils devaient le faire pour moi, pour eux, pour ce que nous avions vécu auparavant avec le départ de mon petit maître Jérôme...

Et c’est ainsi que je suis parti de ce monde accompagné de mes maîtres adorés dans l’amour d’une dernière caresse, je me suis éteint doucement sans aucune souffrance et je les en remercie.

Certaines personnes ici-bas pour qualifier certaines morts citent souvent cette phrase « crever comme un chien » et je leur dis que cette citation dans beaucoup de cas est fausse car l’être humain ici-bas ne bénéficie pas du même privilège que nous les animaux : « Quitter ce monde dans la Dignité, proprement, sans souffrance, dans l’amour de ceux avec qui nous avons partagé tant de choses ».

Permettez-moi de vous donner mon sentiment de chien sur la perception de votre monde : « L’homme n’a aucune compassion pour ses semblables, trop souvent celui qui n’est pas concerné décide à la place de l’autre. »

PS : A mes maîtres, Jérôme est venu à ma rencontre et nous partageons une vie nouvelle, remplie d’amour, dans l’attente de vous y retrouver. Je gambade désormais dans de vertes prairies lumineuses sous le regard joyeux de votre ange Jérôme.

Santeusagers.over-blog

Voir aussi sur Carnets de santé l’entretien avec Philippe Forest




     
Mots clés liés à cet article
  enfance patients et usagers cancers éthique attention mort
     
     
Envoyer un commentaire Imprimer cet article
 
     
   
  Humeurs
Entretiens
Déterminants de santé
Problèmes de santé
Organisation des soins
Professionnels de santé
Economie de la santé
International
Transversales
Société
Chantiers
Images
Portail
Initiatives
Bonheurs du jour
   
   
Proposer un article
S'inscrire à la newsletter
Mots clés
Emploi
Liens
Contact
   
 
 
 
Wikio - Top des blogs - Santé et bien être