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Technique et relation au patient : une fausse opposition
octobre 2012


On prête volontiers à la pratique médicale la difficulté à concilier la technique et la relation avec le malade, ou dit autrement, la science et l’humanisme. C’est en étudiant les processus décisionnels dans un service de réanimation et de soins intensifs, c’est-à-dire dans un lieu où a priori l’opposition a tout pour être flagrante, que Jean-Christophe Mino, médecin et chercheur, a réalisé qu’il s’agit là d’une fausse évidence, bien loin d’être fondée en nature. Dans un texte bref, clair et concis, il montre qu’au contraire la technique peut être la voie d’entrée dans la relation et qu’en retour celle-ci s’inscrit dans les actes de soin. L’observation de ce service exemplaire, qu’il ne nomme jamais, montre cependant qu’il y faut quelques conditions.

La plus déterminante est l’impulsion donnée par le médecin « senior », le chef de service, aux autres médecins et professionnels de santé, avec le soutien des cadres. Il s’agit de créer une « ambiance », pour reprendre le terme de Mino, faite de respect des professionnels entre eux et de respect aux malades et à leurs familles. Cela se construit par de simples actes de civilité, destinés à marquer l’attention, par la transparence des informations données, sans qu’elles soient obligatoirement exhaustives, par la vérification qu’elles sont bien comprises, quitte à les reprendre inlassablement, et par la discussion collégiale des décisions difficiles à prendre. Là, conformément à la loi, et sans doute au bon sens, l’autorité revient au médecin chef, mais après avoir pris l’avis de tous. Chacun a le droit de douter, d’autant plus qu’il est expérimenté, et de revenir sur une opinion.

Bien que l’épanouissement dans un travail pourtant difficile en soit un bénéfice incontestable, il ne s’agit pas seulement de créer un climat propice à de bonnes relations interpersonnelles, mais de forger des habitudes institutionnalisées, inscrites dans l’identité du service et transmissibles aux apprentis soignants, médecins ou non.

Le « cure » ne s’oppose pas au « care » : pour Jean-Christophe Mino, ils forment un continuum qu’il faut à présent « faire sortir de l’ombre. »

Jean-Christophe Mino. Soins intensifs. La technique et l’humain. PUF. 2012. 62 pages, 6 euros.

Ce livre est le troisième publié dans une collection récente, Questions de soins, qui comprend deux autres ouvrages : Frédéric Worms. Soin et politique. - Céline Lefève. Devenir médecin. Chaque livre fait une soixantaine de pages et coûte six euros. Une somme modique pour une introduction brève et limpide à des problématiques essentielles.

Sur Carnets de santé, voir aussi l’entretien avec le philosophe François Dagognet, qui développe un point de vue très différent.




     
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