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Une leçon mal entendue de l’atlas de la démographie médicale
septembre 2009


Les conclusions tirées du dernier atlas de la démographie médicale publié par le Conseil national de l’Ordre des médecins se focalisent pour la plupart sur le thème ressassé des déserts médicaux présents ou à venir, en déplorant, comme les auteurs du rapport eux-mêmes, le manque total d’efficacité des mesures incitatives aussi bien que coercitives. Quand l’analyse est poussée un peu plus, trois facteurs majeurs de changement sont repris du texte : la féminisation du corps médical (avec implicitement la pression à baisser le nombre d’heures travaillées, les femmes étant très majoritairement en charge des tâches familiales), le peu d’envie de s’installer des jeunes médecins ou de le rester chez les plus âgés, avec une préférence de plus en plus marquée pour l’exercice en remplacement de médecin installé ("de plus en plus de médecins libéraux quitte leur cabinet pour n’exercer que comme remplaçants ce qui explique que l’âge moyen d’inscription comme remplaçant est de 49 ans"), la "désaffection" pour la médecine de soins.

Un point est régulièrement oublié, mais il est pourtant fondamental : 66 % des nouveaux inscrits préfèrent le salariat. Le Conseil plaide pour un exercice "panaché" entre rémunération à l’acte et forfait. La leçon est pourtant claire : une majorité de jeunes se contrefiche de la rhétorique libérale des syndicats et autres organismes médicaux.

Il faut effectivement réfléchir, comme le prône le Conseil national. Par exemple, se demander si l’engouement pour les maisons de santé (où est cherché le panachage préconisé) ne devrait pas être pondéré par une réflexion sur les centres de santé (où l’exercice est salarié) et les consultations de médecins installés dans les fameux "hôpitaux de proximité". Si l’amélioration de l’environnement professionnel et familial (modes de garde des enfants, crèches, commerces, loisirs, etc) n’est pas plus "incitative" que les primes financières, alors que la plupart des médecins qui travaillent dans les régions "sous médicalisées" seraient contents de travailler moins, quitte à gagner moins.

Communiqué de presse du Conseil national de l'Ordre des médecins du 8 septembre 2009 (Atlas de la démographie médicale 2009 : de sérieuses menaces sur l’accès aux soins).

Voir aussi l’ interview de Philippe Le Fur sur le site de l’IRDES (septembre 2009) à propos du travail qu’il a co-signé sur le temps de travail des médecins généralistes. Extraits : " Ce travail (...) a mis en évidence un manque de données concernant le contenu et le déroulement de leurs activités (des généralistes - note de CdS) en relation notamment avec les caractéristiques médicales ou médico-sociales des patients, les caractéristiques des médecins, les modes d’organisation des structures et leurs lieux d’implantation. (...) (Il) a également montré la grande hétérogénéité des comportements des praticiens en fonction des différentes régions. (...) il semblerait souhaitable que chaque région puisse disposer d’informations régionalisées sur les caractéristiques détaillées de leur offre de soins, en particulier concernant les soins primaires."

Lire sur le blog de Clairefiddle (Mediapart) le coup de gueule d’Hélène Baudry, généraliste et entre autres, présidente de l’Association Nationale des Médecins Référents : La médecine générale va disparaître: appel au secours d'un médecin généraliste

Sur Carnets de santé :
Exercice de la médecine générale : un état des lieux
ECN 2006, démographie médicale : où en sont les scenarii-catastrophe ?
Entretiens avec Mireille Becchio et Arnaud Blessemaille

Photo : Paris, 2007 © serge cannasse




     
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2 Messages de forum

  • Une leçon mal entendue de l’atlas de la démographie médicale

    8 octobre 2009 10:46, par Jacques Pouzet
    Et la "délégation des tâches" (je ne parle pas des expérimentations sophistiquées) Où en est-on ? Qui freine et qui pousse ? A quand l’approche de cette solution pour les soins de premiers recours ? merci
    • Une leçon mal entendue de l’atlas de la démographie médicale 8 octobre 2009 12:37, par serge cannasse
      La délégation de tâches avance doucement, en raison notamment des réticences des différentes organisations professionnelles, soit de médecins, qui s’inquiètent des compétences des personnels à qui les tâches seraient déléguées, soit des infirmières ou sages-femmes, puisqu’il s’agit essentiellement de ces deux catégories de professionnels de santé, qui entre autres, s’inquiètent des conséquences juridiques de cette délégation (terme qu’elles n’aiment pas beaucoup), en termes de responsabilité notamment. Et ce d’autant que cet accroissement de responsabilité ne s’accompagne pas d’une augmentation conséquente de rémunération. Par ailleurs, au moins en ce qui concerne les infirmières, les discussions ont été largement monopolisées par la révision de leur référentiel de compétences et par la création de leur Ordre.
 
     
   
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