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Associations : professionnalisation et évaluation de l’utilité sociale
février 2008, par serge cannasse 

Deux articles publiés par la Vie des Idées proposent un point de vue inhabituel sur les associations, loin de « l’incantation apologétique sur la participation solidaire et citoyenne » pour reprendre les termes de l’un d’eux. Le monde associatif ne connaît pas de crise du bénévolat. En revanche, il se professionnalise. Le niveau d’instruction devient un critère essentiel de participation. Le salariat associatif se constitue en une catégorie particulière du monde du travail, fondée sur « l’utilité sociale ». Comment évaluer celle-ci ?

Le bénévolat n’est pas en crise

Qui participe à la vie associative ? se sont demandés Denis Bernardeau Moreau (sociologue, Paris Est Marne la Vallée) et Matthieu Hély (sociologue, Paris X Nanterre). Pour y répondre, ils distinguent trois types de participants : les bénévoles, les adhérents et les salariés.
- Le bénévole est « plutôt un homme âgé de 35 à 54 ans, issu d’un milieu plutôt aisé et cultivé, possédant un capital scolaire élevé et exerçant ou ayant exercé une activité professionnelle en milieu moyennement urbain. »
- Environ 20 millions de Français adhèrent à une association. Ils se recrutent dans toutes les tranches d’âge.
- Enfin, 145 000 associations sur un total de 880 000 emploieraient plus de 1,6 millions de salariés.

Nos auteurs en tirent une première conclusion : le bénévolat est loin d’être en crise, contrairement à ce qui a été assez souvent avancé.

Participation : surtout chez les personnes à niveau d’instruction élevé

L’augmentation du nombre de salariés est un des phénomènes qui traduit la professionnalisation croissante des associations. Il y en a d’autres. La participation à la vie associative est surtout le fait de diplômés de l’enseignement supérieur, alors qu’en 20 ans (1982-2002), « la part des peu ou pas diplômés s’est effondrée. » Les responsabilités sont tenues une fois sur deux par des cadres et des professions intermédiaires. Les employés et les fonctionnaires sont les catégories sociales les plus « participantes ». Les jeunes retraités occupent désormais une position dominante, la participation des jeunes étant vraisemblablement entravée par l’allongement de la durée des études et des conditions difficiles d’entrée sur le marché du travail.

Conclusion : l’expérience et les compétences acquises dans la formation initiale et au cours de la vie professionnelle sont devenues « une ressource indispensable ». Et morale : « Les discours incantatoires sur la « démocratie participative » se heurtent à des dispositions profondément ancrées dans les pratiques » (en particulier parce que les jeunes non diplômés ne se sentent pas la légitimité pour représenter leur association).

L’enjeu : évaluer l’utilité sociale

Dans un second article, Mathieu Hély se penche sur les associations du secteur dit « de l’économie sociale et solidaire ». Il fait d’abord remarquer que la notion est imprécise, « les valeurs et les pratiques qu’elle est censée circonscrire variant considérablement d’un acteur à l’autre. »

L’ensemble des activités qu’elle est censée recouvrir est en fait le « résultat d’une politique de brouillage des frontières entre privé et public. (…) Le développement croissant du travail associatif (salarié, bénévole et celui plus particulier des « volontaires associatifs » n’est au fond que le fruit du double processus de la « privatisation » du public et de la « publicisation » du privé. » Ce brouillage est la conséquence d’une délégitimation du monopole de l’Etat quant à l’intérêt général et de la légitimation des entreprises à la contribution des biens publics (« l’entreprise citoyenne »).

Une des conséquences en est que le monde associatif est devenu un « monde du travail » dans lequel jouent les stratégies d’adaptation les plus diverses, dont une est majeure : la reconversion dans les associations de personnes dont la vocation première est la fonction publique (souvent parce que leurs parents étaient eux-mêmes fonctionnaires), du fait de la diminution du nombre de fonctionnaires, effective (depuis 2002) et annoncée. Il se constitue ainsi « une forme spécifique de salariat subordonné à l’utilité sociale », mais « irréductible aux autres catégories de travailleurs du public et du privé. »

Pour Mathieu Hély, ce salariat associatif contient un « facteur subversif » de taille. En effet, pour évaluer le montant des salaires, il faut en évaluer « l’utilité sociale ». Or celle-ci ne peut se fonder ni sur des critères marchands, puisqu’il s’agit d’un travail non marchand par définition, ni sur la stabilité de revenus du fonctionnaire (censée garantir à celui-ci la tranquillité d’esprit nécessaire à sa mission). Reste à mettre en place les institutions chargées de trouver les critères d’évaluation, en particulier pour remédier au « déni » de l’utilité sociale du travail associatif : pour un même travail, il existe un écart entre les salaires de celui-ci et ceux de la fonction publique. L’enjeu est bien entendu fondamental si le monde associatif se refuse à être « les béquilles de l’Etat social et l’alibi moral du nouvel esprit du capitalisme ». L’auteur note que le mouvement va bien entendu aussi à l’évaluation du travail effectif des fonctionnaires.

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