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Daleux Louise
septembre 2009, par serge cannasse 

Assistante de service social, Lise Daleux est élue Verts à la municipalité de Lille, où elle est en charge de la petite enfance. Il s’agit d’un domaine où la ville de Lille a une politique très volontariste, essayant de concilier les besoins quantitatifs (nombre de places d’accueil) et qualitatifs (qualité de l’accueil des jeunes enfants), promouvant les initiatives locales et favorisant la mixité sociale.

Quels sont les grands axes lillois de la politique de la petite enfance ?

Élue depuis un peu plus d’un an seulement pour le secteur de la petite enfance, j’ai eu le bonheur de découvrir un service public exemplaire, menant depuis longtemps une politique très volontariste qui essaie de concilier trois exigences : rendre les modes d’accueil collectifs les plus accessibles possibles, y compris en les proposant à des populations qui n’y ont pas spontanément recours, développer la qualité de l’accueil des enfants et se préoccuper de la formation du personnel.

Les structures sont très diversifiées. Aujourd’hui, pour une population d’environ 200 000 habitants, il y a neuf crèches municipales, huit crèches associatives et une crèche familiale municipale (avec des assistantes maternelles pour assurer l’accueil). Il y a également des halte-garderies municipales et associatives et quelques crèches d’entreprise. Enfin, des entreprises privées de crèche s’implantent en ville.

Le but est d’assurer une couverture territoriale maximum sur l’ensemble des quartiers de Lille. Elle se réalise en étroite coopération avec l’ensemble des partenaires de la petite enfance, en particulier les structures associatives, dont le dynamisme est précieux : ce sont elles qui ont fait évoluer la qualité des modes de garde depuis plusieurs dizaines d’années, notamment en insistant sur la prévention et l’éducation à la parentalité.

En effet, il ne faut pas se préoccuper seulement de la quantité de l’offre, mais aussi de leur qualité. Nous tenons à ce que les structures d’accueil soient insérées dans la réalité de chaque quartier, qu’elles contribuent à façonner elles auusi. En particulier, elles s’intègrent dans une politique volontariste de mixité sociale : à la crèche, enfants et parents de toutes origines et conditions se côtoient.

Nous mettons progressivement en place des centres de la petite enfance, qui sont des lieux de rencontre de tous les acteurs impliqués : PMI, assistantes maternelles, parents, animateurs, etc. Ils permettent aux parents de parler entre eux, d’avoir des activités ludiques avec leurs enfants et les personnels qui s’en occupent, de trouver des informations utiles, etc.

Quels sont les principaux problèmes que rencontre cette politique ?

Les mêmes que dans chaque grande ville. D’abord, le manque de places d’accueil, malgré nos efforts. Nous avons l’intention d’en créer 250 en structures municipales et une centaine en structures associatives pendant le mandat actuel.

Ensuite, les problèmes de financement. Nous sommes une des dernières villes à travailler selon un contrat enfance : nous passons en contrat enfance jeunesse l’année prochaine. Cela signifie que la ville sera obligée de subventionner seule un certain nombre d’activités auxquelles nous tenons beaucoup, notamment en termes de qualité, d’information, d’animation et de coordination des acteurs. Les budgets n’étant pas indéfiniment extensibles, j’ai bien peur que cela nous oblige à des choix difficiles.

Nous pensons qu’il est important de pouvoir organiser dans les quartiers des manifestations festives ou culturelles autour de la petite enfance. Par exemple, cette année, un cinéma art et essai a proposé un cycle autour de ce thème : les enfants et les parents qui y viennent n’habitent pas toujours à proximité, mais justement ! cela permet des échanges. Autre exemple : la venue d’un animateur dans un centre de la petite enfance qui permet aux professionnels d’accueil, aux parents et aux enfants d’apprendre ensemble les mêmes chansons donne une continuïté précieuse aux petits, un lien joyeux entre la famille et la structure d’accueil. Encore un exemple : plusieurs crèches ont mis en place un « accueil café » des parents pour aménager un moment tranquille lorsqu’ils amènent leur enfant. Cela signifie qu’au moins un professionnel est disponible pour eux, moins pour les enfants. Si le taux de professionnels est diminué, cela devient difficile à maintenir, alors que ce moment est important pour tout le monde, parents, enfants, professionnels. De même, plusieurs crèches ont créé des ateliers d’éveil, qui ont lieu en fin de journée, pendant une heure environ et auxquels les parents peuvent participer quand ils viennent chercher leurs enfants.

Comment se passe la coordination entre les acteurs ?

Chaque trimestre, dans chaque quartier, se réunit une commission « petite enfance » qui rassemble l’ensemble des acteurs concernés. A l’échelle de la municipalité, une coordinatrice anime ces commissions et s’occupe des relations entre tout le monde.

Depuis deux ans, nous avons mis en place dans chaque crèche municipale un conseil de crèche, qui associe parents, accueillants, l’élue « petite enfance » et la directrice de ce secteur. Il se réunit trois fois par an. Cela permet un véritable échange entre parents et professionnels, dans les deux sens.

C’est plus difficile à organiser pour les crèches familiales. Mais les parents ont créé un petit journal d’informations qui fonctionne bien. Enfin, la municipalité édite un guide pratique consacré à l’accueil de la petite enfance.

Travaillez vous avec les entreprises de crèches, qui sont des structures privées ?

Elles ne sont pas présentes à Lille depuis très longtemps et s’installent de préférence dans les nouveaux quartiers, alors que les structures municipales se trouvent plutôt dans les quartiers « historiques » de la ville. Nous n’avons aucun a priori à leur égard, d’autant que certaines sont en pointe sur la question de la qualité environnementale (par exemple, la qualité de l’air) et peuvent sans doute nous apprendre quelque chose de ce point de vue. Mais il y a tout un travail, notamment de coordination, de rencontres, d’activités festives, qui ne sont pas de leur ressort et que seule la municipalité peut organiser. Je pense qu’elles vont s’insérer peu à peu dans le dispositif municipal.

Comment vous positionnez vous par rapport aux jardins d’éveil ?

Quelques halte-garderies ont entamé depuis deux ou trois ans un travail remarquable avec les enseignants des écoles maternelles pour y amener progressivement les enfants, et aussi les parents. Dans certains quartiers, de nombreux parents ont connu des difficultés scolaires : pour eux, l’école reste un problème. Il faut donc recréer de la confiance. Les professionnels impliqués n’appellent pas ça « jardin d’éveil » ou « classes passerelles », mais « entre-deux ». Ils essaient de coller au plus près des réalités locales sans se figer dans une formule, en ayant conscience que leur modèle est perfectible. Il faut faire très attention à ce qu’une solution toute faite ne fasse pas perdre le travail en mouvement mené par les professionnels et les associations.

Quelle est votre politique à l’égard des assistantes maternelles ?

Là aussi, nous avons la chance d’avoir une association très active : Premiers pas, qui gère un relais d’assistantes maternelles, a mis en place des formations qui leur sont destinées et anime un site internet sur lequel les parents peuvent savoir s’il y a une professionnelle disponible à proximité de chez eux. Nous les orientons volontiers vers elle quand nous ne pouvons leur proposer une place en structure collective. Les assistantes maternelles participent aux commissions de la petite enfance dans les quartiers et décident avec ses autres membres les thèmes de formation annuels. Cette année, le thème retenu est la parentalité. Enfin, notre centre régional de formation de la petite enfance est particulièrement dynamique.

Cet entretien est paru dans le numéro 152 de la Revue des métiers de la petite enfance de juillet-août 2009

Photo communiquée par Louise Daleux




     
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