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De la générosité des morts
octobre 2015, par serge cannasse 

Croyez vous aux fantômes ? Oui ? Non ? De toute façon vous avez raison, parce que la question n’a guère d’intérêt, du moins si on suit les conclusions de la passionnante enquête de Vinciane Despret. Elle a beaucoup lu, rencontré nombre de personnes ayant perçu une “présence” ou dont l’activité consiste à convoquer l’au-delà, et croisé des phénomènes étranges et fort peu rationnels.
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Elle se garde aussi bien de ranger tout cela du côté de l’explication psychologique (le travail de deuil, qui veut que les morts soient oubliés) que de l’apologie du paranormal (prudence et délicatesse des spirites rencontrés). Elle ne choisit pas, reste dans l’entre-deux, dans la zone où les interprétations cèdent la place à l’observation patiente et expurgée au maximum de tout a priori.

« Me laisser instruire, me laisser “faire”, accepter de déléguer mes actes à d’autres, acquiescer au fait de ne pas comprendre et me rendre disponible à ce que quelque chose advienne à mon insu, à ce que des liens se tissent sans que j’intervienne trop activement (ce qui aurait à coup sûr empêché ces liens), me rendre sensible à un “ça pense” à travers moi : c’était en quelque sorte me laisser traverser par les “manières d’être” qu’explorent les morts et les vivants ensemble. »

Que constate-t-elle ? Que les apparitions (images, voix) signalent toujours une histoire inachevée qui souvent n’appartient pas à un seul, mais concerne tout un groupe, une famille la plupart du temps. Pour ses protagonistes vivants, elles sont à la fois réelles et douteuses, mais il arrive qu’elles mettent au jour une réalité oubliée ou quelque chose à accomplir. Elles ne réclament pas au sens propre, elles demandent une “remise en ordre”, non pour elles mais par souci pour les vivants. Les morts restent présents aux vivants, même s’ils ne se sont pas connus, comme si un enjeu plus ou moins caché pouvait persister sur plusieurs générations.

Il s’agit de donner un surcroît de présence à des morts qui vous le rendent bien : au contraire de ce que racontent de terrifiantes légendes, ils sont généreux. Ce sont bien les vivants qui comme le dit joliment Vinciane Despret les “instaurent”, mais il faut pour cela du tact, des “bonnes manières”, et laisser les histoires se tisser. Non pas les tenir pour vraies, mais les laisser dans l’indétermination du “comme si”.

« Faire rêver. C’est l’un des modes privilégiés par lesquels les morts prennent soin des vivants, les mettent au travail de l’énigme, font bifurquer le cours de leurs actions, les incitent à rompre avec les habitudes, les obligent à une autre appréhension des choses. »

Vinciane Despret. Au bonheur des morts. Récits de ceux qui restent. Les Empêcheurs de penser en rond – La Découverte, 2015. 232 pages, 17 euros.

Dans les Carnets de santé : entretien avec Vinciane Despret (à propos de l’exposition "Des bêtes et des hommes", dont elle a été la commissaire).

Elle a depuis publié le très beau "Que diraient les animaux, si ... on leur posait les bonnes questions ?" Les Empêcheurs de penser en rond – La Découverte, 2012. 326 pages, 19 euros.

Photo : Paris, 2009 ©serge cannasse




     
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