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Débats autour du prix de la santé
avril 2014, par francoisgautier 

Le débat sur le prix de la santé a été relancé récemment suite à la publication d’un rapport de la Cour des comptes sur le financement de la Sécurité sociale et par diverses études qui dénoncent certaines dérives dans les tarifs pratiqués. Mais quel est le prix réel de la santé des Français ?

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Se soigner à quel prix ?

Au mois d’octobre 2013, le 7ème baromètre santé d’Europe Assistance révélait que 33% des Français renonçaient à se soigner ou reportaient les soins faute de moyens. Une tendance en hausse significative depuis 2012 que Le Figaro détaille ainsi : « les soins dentaires arrivent en tête des soins sur lesquels on fait une croix (25%) devant les lunettes ou les lentilles (17%), les soins courants (12%), les achats de médicaments (7%) et les soins lourds (7%). ». La solution à ce problème viendra en partie de la mise en place de l’ANI, accord national interprofessionnel entre les partenaires sociaux du 11 janvier 2013. Celui-ci va généraliser, au plus tard le 1er janvier 2016, la protection complémentaire santé par une mutuelle entreprise obligatoire. Les salariés qui renonçaient à des soins faute d’assurance complémentaire seront désormais pris en charge et remboursés.

Qui doit payer ?

A titre d’exemple, le rapport de la Cour des comptes de septembre 2013 recommande une remise à plat du système de remboursement des lunettes (verres et montures) après avoir constaté que l’assurance maladie remboursait de moins en moins les frais d’optique. Le Parisien écrivait alors : « Dans un marché évalué à 5,3 milliards d’euros, elle (l’assurance maladie) n’a déboursé en 2011 que... 200 millions d’euros. Une paille à côté des 3,6 milliards dépensés par les complémentaires santé. Aussi la Cour préconise-t-elle de profiter de l’actualité pour modifier le dispositif existant.  »

Cependant les conclusions des magistrats ne sont pas totalement partagées par les politiques. Ainsi Benoît Hamon, ministre de la Consommation et de l’Economie sociale et solidaire, a déclaré au cours d’une visite de l’usine de fabrication d’Optic 2000 à Clamart : «  Il est toujours facile de proposer de faire des économies dans tous les sens, mais pour tout ce qui tend au déremboursement, le patient demande quand même à être remboursé par les complémentaires. [...] Réduire les dépenses c’est bien, mais à condition que nous ne soyons pas totalement asphyxiés. » Dans le cas particulier des lunettes, ce n’est pas parce que la sécurité sociale rembourse très peu qu’il faut institutionnaliser un transfert de charges complet vers les mutuelles et complémentaires santé : le risque d’inflation des coûts de ces complémentaires, qui seront bientôt pour moitié à charge des entreprises, est réel.

La santé est-elle vraiment trop chère ?

Les tarifs de la santé ont-ils vraiment augmenté ? Dans le domaine de l’optique médicale l’INSEE indique qu’en 5 ans la consommation n’a augmenté que de 2,1% contrairement à la consommation générale (+5,8%) sur la même période (source Acuité.fr). D’autres chiffres fournies par l’INSEE notent aussi que les prix de la santé ont globalement chuté de 0,7 %, sous l’effet d’une baisse des prix des produits de santé de -2,5 % en 2012 qui suivait déjà un baisse de -1,5 % en 2011. L’institut constate que la hausse des prix des services ambulatoires de santé est restée modérée : +0,9 % en 2012 après +1,1 % en 2011, en raison principalement du ralentissement des honoraires des médecins (+0,5 % en 2012 après +2,1 % en 2011).

Notre système de santé est-il le « bon » ?

Didier Papaz, président du groupe Optic 2000 prenant la parole aux 3èmes rencontres parlementaires sur le système de santé, propose une vision nuancée, en prenant l’exemple de la situation emblématique de l’optique : « Je ne voudrais pas qu’on ramène simplement l’enjeu de la vision à des données économiques. Je crois qu’il faut aussi que tout le monde partage l’importance de la vision : 10% des enfants de moins de 5 ans ont un problème de vue en France, 8 millions de français présentent un défaut mal ou non corrigé, 2 millions de personnes âgées souffrent de DMLA avec toutes les conséquences que cela peut avoir... Que faire pour tout cela ? ». Et ce qui est vrai des soins d’optique l’est aussi dans d’autres domaines tout aussi préoccupants. Mais Didier Papaz pointe du doigt un écueil à éviter : la santé ne peut s’envisager uniquement sous l’angle comptable de son coût, au risque de la marchandiser, et de creuser encore plus les inégalités dans l’accès aux soins. L’opticien est un véritable professionnel de santé, qui consacre en moyenne 2 h 30 par client (contrôle et/ou examen de vue, conseil, règlage de l’équipement, etc…). Depuis 1994, Optic 2ooo propose des forfaits tout compris à partir de 39 euros et n’a pas attendu l’arrivée des sites internet, qui fondent leur communication sur les prix les plus bas. Loin de renier le web, Optic 2000 a fait le choix d’une stratégie cross canal, proposant à l’internaute de choisir sa monture sur internet mais de l’essayer en magasin avec le conseil professionnel d’un opticien.

Les Français partagent globalement cette approche. Ils portent certes un regard contrasté sur leur système de santé, si l’on en croit un récent sondage IPSOS réalisé pour la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP). Mais la qualité des soins médicaux est jugée satisfaisante par 83% des personnes interrogées, même si 52% estiment que la qualité des soins s’est détériorée ces 10 dernières années. 81% d’entre eux pensent tout de même que le système français est plus performant que dans la plupart des pays européens.

Optique, soins dentaires, audioprothèse, les Français de tous âges ont accès à des soins de qualité et continuent à être pris en charge par des professionnels de santé hautement qualifiés, dont l’intérêt est d’arriver à un juste équilibre. Le débat sur le "vrai" prix de la santé est loin d’être enterré.

François Gautier travaille dans le secteur mutualiste.

photo : Paris, 2013 ©serge cannasse




     
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2 Messages de forum

  • Débats autour du prix de la santé

    15 avril 2014 09:18, par Pierre RIMBAUD
    Une grande difficulté du débat sur les "coûts de la santé" tient à ce que l’on amalgame des postes qui devraient être gérés séparément. D’un côté, il y a l’assurance, c’est à dire ce qui couvre le risque d’un événement inattendu comme la survenue soudaine d’une maladie ou d’un accident. D’un autre côté, il y a la mutualisation des dépenses courantes, c’est à dire la mise en commun du financement de services répandus et quasi inévitables comme l’optique, le dentaire, la prévention, l’hygiène. Et enfin il faut considérer un troisième poste qui est celui de la solidarité avec les fractions de la société qui ont des besoins inéluctables d’assistance matérielle, c’est à dire les personnes âgées dépendantes, les malades chroniques graves, les femmes enceintes et les nourrissons. Il est évident que ces trois postes répondent à des logiques bien différentes à tous points de vues : social, économique, éthique. L’assurance peut par exemple être conditionnée aux risques personnels consentis par le souscripteur ; la mutualisation des dépenses de consommation courante de santé peut être l’objet de systèmes partiels, concurrentiels et totalement différents ; la solidarité devrait être entièrement étatisée dans un système "beveridgien" contrôlé exclusivement par le parlement en fonction des choix de société et des ressources permises par l’impôt. Bref, il serait temps de faire le ménage et d’arrêter de gérer "la santé" comme s’il s’agissait d’un tout indiscernable.
  • Débats autour du prix de la santé

    5 mai 2014 07:03, par fournier

    Allez voir le tarif hébergement dans les En 2013, la CASA a été versée au Fonds de Solidarité Vieillesse au lieu d’être attribuée à l’aide à l’autonomie.

    Un « détournement » à mettre en perspective avec le sous-effectif des soignants et les dérives tarifaires dans les EHPAD publics.

    Du Monde au Dauphiné libéré, nombreux sont les médias qui, le mois dernier, ont publié sur une actualité qui en dit long sur l’action du gouvernement : les 600 millions d’euros détournés de l’aide aux personnes âgées, sous couvert de loi pas encore votée. Ce thème a été repris par l’association « Âge village » qui titre son édito « La CASA toujours pas réaffectée à 100% pour l’aide à l’autonomie ».

    En effet, la CASA (Contribution Additionnelle de Solidarité pour l’Autonomie), payée par les retraités, devait être attribuée à l’aide à l’autonomie (le service à domicile). Exceptionnellement, elle l’a été au Fonds de Solidarité Vieillesse (FSV). Pourtant, la dépendance et ces implications est un sujet prioritaire depuis plus de 50 ans. En 1962, le rapport Laroque alertait déjà sur le phénomène de la pyramide des âges, un sujet que les gouvernements successifs n’ont pourtant jamais abordé autrement qu’aux travers d’études et de rapports.

    En détournant les fonds affectés à la dépendance, le gouvernement ne respecte pas ses engagements initiaux mais surtout il manque de transparence. Devant ce jeu de bonneteau, comme l’a appelé le président de la CNRPA (Comité National des Retraités et Personnes Âgées) Sylvain Denis, les communiqués ont redoublé et les pétitions déferlé.

    EHPAD : sous-effectif des soignants et explosion des tarifs d’hébergement

    Car les conséquences de cette réaffectation sont énormes : ce sont 22 000 emplois qui passent à la trappe, alors même que le sous-effectif des soignants s’aggrave. Pour preuve de ce malaise, leurs associations recueillent de plus en plus d’adhérents (les NBNNNP – ni bonnes, ni nonnes, ni pigeonnes – comptent 36 000 inscrits sur les réseaux sociaux) et les grèves dans les hôpitaux et les EHPAD (Etablissements Hospitaliers pour Personnes Âgées Dépendantes) se multiplient.

    Ces conditions ont également un impact important sur les porte-monnaie : depuis 2009, les tarifs des EHPAD, pourtant établissements publics, explosent. Faute de moyen, les ARS (Agences Régionales de Santé) sous-évaluent les besoins en soins des patients. Résultat : les EHPAD, pour ne pas tomber dans une maltraitance institutionnelle, font peser les augmentations de personnel sur les tarifs d’hébergement et le conseil général valide. En moyenne, on estime ces augmentations à 6% par an. Dans certains EHPAD, elles dépassent les 20%. Pour les familles comme pour les résidents, c’est souvent l’impasse. Les conséquences peuvent être dramatiques quand, faute de pouvoir assumer la part des augmentations tarifaires restant à charge, certains se voient dans l’obligation de reprendre leurs parents chez eux alors que ces derniers souffrent de pathologies incompatibles avec leur logement.

    Le tarif d’hébergement devient une variable du tarif soins

    Même le rapport de l’IGAS (Institut Général des Affaires Sociales) de 2011 indique, dans son paragraphe 47, que le tarif d’hébergement peut devenir une variable d’ajustement du tarif soins. Autrement dit, le salaire des personnels de santé devrait dépendre du tarif soins (l’Assurance Maladie). Mais, pour pallier l’insuffisance des budgets alloués par les ARS, les EHPAD se voient contraints d’en faire peser le coût sur les tarifs d’hébergement, partiellement payés par les familles.

    En novembre 2012, lors d’un entretien avec la FNBAPAEF (Fédération Nationales des Associations de Personnes Âgées et de leurs Familles), la ministre de la Santé Marisol Touraine préconisait de bloquer la part restant à charge des tarifs d’hébergement, mais sans indiquer quelles maisons de retraite seraient concernées.

    Les constats sont donc là mais rien ne bouge, comme le prouve ce « détournement » d’une aide spécifiquement conçue pour l’autonomie. Certes, les personnes âgées en perte d’autonomie ne descendent pas dans la rue pour faire savoir leur difficultéEHPAD public lié aux détournement de la CASA

 
     
   
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