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Des fantômes aux robots : l’exposition Persona
janvier 2016, par serge cannasse 

Deux interrogations à l’origine de l’exposition Persona au musée du quai Branly : qu’est-ce qui m’assure qu’une présence perçue est humaine (ou est douée d’intentions) ? quelle dose d’humanité introduire dans les robots qui nous aideront demain dans notre quotidien ? Questions à la fois anciennes (de nombreuses cultures leur ont donné des réponses) et actuelles (les humanoïdes sont déjà ici)...
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Une étrange présence incertaine

« Qui est là ? » ou « Qu’est-ce qui est là ? » sont deux questions que tout humain s’est posé en même temps un jour ou l’autre. Une présence est perçue, mais dont on ne saurait ni être sûr ni qu’on se saurait définir. C’est par ces deux questions que débute le parcours proposé par l’exposition Personna au Musée du quai Branly. En effet, explique Emmanuel Grimaud, anthropologue et l’un de ses commissaires, loin de cantonner cette expérience à un diagnostic psychiatrique quelconque (du genre hallucinations du schizophrène), toutes les cultures humaines cherchent à l’objectiver, que ce soit au travers de cérémonies, d’objets de culte ou d’oeuvres d’art, en se servant de deux registres : rendre sensible la présence (par exemple, les expériences spirites de la fin du 19ème siècle, auxquelles ont participé de nombreux savants, et non des moindres), lui donner forme, en l’occurence une apparence et des intentions humaines. Le plus curieux est qu’il suffit de peu de choses pour que notre esprit voit quelqu’un dans notre environnement. Les arts dits premiers et certains artistes contemporains l’illustrent de manière très éloquente, en distinguant un visage ou un corps dans une pierre ou un morceau de bois, comme nous recréons tous des figures imaginaires en regardant passer les nuages, ou en les faisant apparaître au moyen de quelques traits ou de simples artifices (ainsi de la silhouette lumineuse de Roseline de Thelin).

Pour Denis Vidal, un autre anthropologue commissaire de l’exposition, nous avons deux attitudes possibles face à un être qui évoque l’humain (ou quelqu’un doué d’intentionnalité) : la peur d’être piégé ou l’envie de jouer. Ce sont ces deux registres qu’explore ensuite l’exposition, en suivant la théorie formulée dans les années 70 par un roboticien japonais, Masahiro Mori. Selon lui, plus une créature artificielle se rapproche de la forme humaine, plus elle a de chance de créer chez nous de l’empathie avec elle, voire de l’attachement. Mais seulement jusqu’à un certain point : à un moment, l’impression d’étrangeté remplace soudainement l’attirance. Il donne pour exemple une main artificielle en cire ou en plastique, bien acceptée jusqu’à ce qu’on la touche : la sensation de froid provoque un mouvement de répulsion. L’exposition montre également un robot qui est le portrait fidèle de la fille de son concepteur : lui-même a reculé devant sa création.

Des robots ayant la nature de Bouddha

Cherchant à construire des robots acceptables par les humains, Mori se demandait s’ils devaient avoir une apparence permettant de rester en-deça de l’étrange (ressemblants, mais pas trop !). Ou au contraire s’il était possible d’aller au-delà : il y répondait en donnant l’exemple des arts visuels qui « expriment l’idéal humain  » (dont le prototype occidental serait l’art grec) et puisqu’il était japonais, se demandait s’il ne faudrait pas créer « un cyborg ayant une nature de bouddha » (détaché des contingences, serein, rempli de compassion) !

La question n’est pas que de fantaisie : vous risquez fort pendant votre visite d’être abordé par Berenson, un robot à chapeau melon et gros yeux qui se déplace sur des roulettes. Si vous étiez japonais, vous pourriez commander, pardon ! vous marier avec une poupée de compagnie (une Love Doll). Dans un avenir proche, vos patients bénéficieront peut-être de Paro, un robot thérapeutique qui ressemble à une peluche, mais qui réagit à vos caresses et à ce que vous lui dites. Et ainsi de suite.

L’exposition se clôt sur une « maison-témoin » qui explore tout ce que pourrait devenir votre habitation grâce aux robots : cuisine (mais les mayas savaient déjà qu’il faut se méfier d’une banale fourchette, qui peuvent dévorer leurs propriétaires), chambre (depuis les amulettes phalliques de nos ancêtres jusqu’à la future machine à caresses), salon (des Indiens ont inventé un robot de divination, bien pratique pour les soucis quotidiens) et même le garage, où vous pourrez bricoler tout ce qui vous servira à changer d’apparence (emprunter au poulpe ou à la plante grasse, par exemple).

Vous l’aurez compris : l’exposition n’est pas qu’un parcours de curiosités. Elle pose quelques jalons sur notre adaptation à un monde futur où nous serons entourés d’êtres aux identités floues, machines certes, mais tellement proches de l’humain ...

Persona. Étrangement humain. Musée du quai Branly. Exposition du 26/01/2016 au 13/11/2016.

photo : Paris, 2005 © serge cannasse




     
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