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Drôle de parcours
janvier 2015, par Chauvancy Marie-Claire 

Elle voulait être inspecteur de police, elle est aujourd’hui cadre supérieur de santé dans un grand CHU de France. Marie-Claire Chauvancy tire la leçon d’une ambition exigeante au service de l’hôpital : savoir saisir les opportunités, profiter de la chance de belles rencontres, dépasser les inévitables petitesses. Et elle rend un bel hommage à l’université et à certains de ses professeurs.

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Un drôle de parcours, c’est tout à fait le terme approprié pour décrire mon parcours professionnel, qui n’a jamais été pensé, ni réfléchi, mais construit uniquement au gré du hasard, des circonstances et des rencontres, au service d’un seul objectif : faire bouger un système hospitalier que je perçois comme rigide et sclérosant (le statut en est l’exemple type).

Drôle de motivation, tous les ingrédients étaient présents pour vouer ce bel objectif à l’échec : trop révolutionnaire, pas d’appuis, pas de piston, et pourtant … si je n’ai pas tout à fait atteint mon objectif, il n’en demeure pas moins que ce programme particulier n’a pas été un frein à la construction de ma carrière hospitalière. Peut être même en a-t-il été l’artisan, puisque grâce à lui j’ai pu bénéficier de l’écoute de certains directeurs. Une telle envie de secouer une vieille dame passée d’âge, notre belle institution hospitalière, ne pouvant qu’attirer l’attention.

Rien de programmé

Rien ne me prédisposait à devenir cadre de santé. Je voulais devenir inspecteur de police et pourtant … une rencontre, un coup de tête, me font quitter la faculté de droit pour intégrer un institut de formation de manipulateurs en imagerie médicale. Manipulatrice radio durant quelques années, un regard déjà critique, porté sur l’hôpital, un diffèrent avec l’encadrement de l’époque qui me pousse, par défi, à présenter le concours d’entrée en IFCS, une surprenante réussite, l’intégration en école de formation de cadres de santé et le tour était joué ! Aujourd’hui, cadre dit supérieur, j’exerce cette fonction dans le deuxième plus grand CHU de France.

Une rencontre déterminante en Institut de formation des cadres de santé

Tout a débuté par l’improbable rencontre d’un directeur de mémoire et d’une manipulatrice hors clous et par l’étincelle qui en a jailli. Cette rencontre, à l’origine de tout, est celle avec l’universitaire qui a accepté de suivre mon travail de recherche de fin d’études. Cauchemar des étudiants, le mémoire a été pour moi déterminant. Grace à ce travail de recherche, j’ai trouvé mon « Gourou ».

Je me reconnaissais dans les propos tenus par cette économiste et chercheur. Grâce ou à cause d’elle, je ne sais pas trop comment le qualifier, je suis devenue la professionnelle que je suis. C’est au travers de son enseignement que je me suis construite. Les valeurs que je porte, mon engagement vis-à-vis de l’institution hospitalière, ma perception de la fonction de cadre de santé, … c’est à elle seule que je les dois.

En un mot comme en cent, c’est elle qui m’a poussée dans la marmite de la nouvelle gouvernance, qui m’a fait prendre conscience de l’importance de la place et du rôle de l’encadrement dans les enjeux de la performance hospitalière. Plus fort encore, son enseignement est allé bien au-delà de la formation cadre, puisqu’il m’a conduit à l’université, lieu d’ouverture et de réflexion où se confrontent savoir et pragmatisme du terrain. C’est là que j’ai pris conscience que la valeur de l’universitaire ne dépendait pas de ses diplômes, mais de celui ou celle qui les détenait. Ainsi j’ai appris que les plus modestes étaient plus brillants.

Cela m’a permis de fortement modérer mon sentiment d’infériorité vis-à-vis de certains détenteurs du Savoir. Cela m’a aidé à défendre un projet, une équipe ou une idée auprès des directions, sans être impressionnée ni déstabilisée ni par les titres, ni par les leçons. Les mesquineries, les vilenies, œuvre de petites personnes, si elles m’ont quelques fois échaudées, blessées, si elles ont été à l’origine de demandes de mutations, n’ont fait que renforcer la légitimité de mon combat et sublimer les belles rencontres que j’ai pu faire.

La suite

L’histoire s’est poursuivie au fil des mutations, des opportunités de formation, mais ayant toujours en filigrane les rencontres avec de grandes personnes, les coups de cœurs, les coups de gueule.

Au total six rencontres majeures. Un responsable de pôle, professeur de médecine nucléaire à qui je dois la prise en charge financière de ma formation Master, une DRH devenue depuis directeur d’établissement, à qui je dois la réussite au concours sur titres de cadre supérieur et un soutien effectif et avéré , lorsque je vivais de difficiles et grands moments de solitude, de profond désespoir , un rédacteur en chef qui a pris le risque de me publier, enfin un directeur des soins et une directrice, homme et femme d’honneur qui m’ont positionnée sur un poste magnifique qui comble mes attentes, celui que j’occupe aujourd’hui.

Savoir se saisir d’opportunités

Toutes ces rencontres ont bâti un parcours professionnel atypique, celui d’une manipulatrice que rien ne prédestinait à devenir cadre, plus dans la rébellion que dans le politiquement correct, mais qui a su se saisir des opportunités, des postes, des personnes qui ont croisé son chemin et qui comme elles croyait à la nécessaire évolution de l’hôpital, de ses métiers d’encadrement, ainsi qu’au dépoussiérage de ses mentalités.

S’il est un message à faire passer c’est celui de l’engagement et de la valeur de l’homme. Aujourd’hui l’hôpital attend de son encadrement réflexion, idées, mobilité et ouverture d’esprit.

La position de cadre n’est plus celle de l’inertie, du fatalisme et/ou de la soumission

Un soupçon d’ouverture d’esprit, un zest de mobilité, un esprit plus collectif qu’individuel, savoir se saisir des opportunités voire aller les chercher, s’enrichir de l’évolution des formations aux métiers de santé… sont autant d’ingrédients qui peuvent aider à construire, à se construire un parcours professionnel enrichissant et digne de ce nom. Sans oublier pour autant de prendre en compte le facteur humain. « Tenez-vous loin des gens qui tentent de diminuer vos ambitions. Les « petites » personnes font toujours cela, mais les « grandes », elles, vous font sentir que vous pouvez également devenir génial » (Mark Twain)

Photo : Varanasi (Inde), décembre 2014 ©serge cannasse




     
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