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Problèmes de santé
 
 
Grossesses non désirées : ce que disent les démographes
mai 2008, par serge cannasse 

Pourquoi le nombre des avortements et celui des grossesses non désirées restent ils aussi élevés en France ? À trois ans d’intervalle (2004 et 2007), deux numéros de la revue Populations et sociétés, publiée par l’INED (Institut national des études démographiques), donnent la liste des explications repérées. L’une d’elle semble dominer les autres : l’enfant programmé est devenu la norme, non par égoïsme parental, mais par souci des conditions d’accueil du futur enfant.

Le taux de naissances « bien programmées » est passé de 59 % en 1970 à 83 % en 1995, taux qui reste à peu près stable depuis (entre 80 et 85 %). C’est bien pour les parents, moins bien pour la natalité : 2,49 enfants par femme en 1970 à 1,81 en 1985 (ça a un peu remonté depuis), baisse de 27 % expliquée pour moitié par la diminution des naissances non désirées.

Un taux stable de grossesses non prévues

Le taux de naissances mal planifiées ou non désirées est donc de 15 à 20 %. Mais le taux de grossesses « non prévues », comprenant avortements, naissances non désirées ou mal planifiées ou survenues alors que la femme « n’y pensait pas », est de 36 % du total des grossesses, un bon tiers donc.

Ces deux chiffres ont été une surprise : tout le monde s’attendait à ce que les lois Neuwirth (1967) sur la contraception et Veil (1975) sur l’avortement entraînent des taux nettement plus bas. Ainsi, « la fréquence des avortements provoqués a effective¬ment diminué entre 1975 et 1990, période pendant laquelle la contraception continue de se médicaliser, mais depuis, elle est restée stable à un niveau relativement élevé, comparativement aux autres pays d’Europe de l’Ouest ou du Nord. »

Première raison : aucune méthode contraceptive n’est absolument fiable : « Même utilisées de façon optimale, (le) taux d’échec (est) de 5 à 6 % – parmi 100 couples les pratiquant continûment pendant 12 mois, 5 à 6 auront tout de même une grossesse. »

Ceci posé, il faut d’emblée écarter l’explication par l’augmentation du nombre de femmes susceptibles d’être enceintes, par exemple, du fait de leur jeune âge : « l’âge au premier rapport sexuel n’a que légèrement diminué , la fréquence des rapports sexuels est restée stable et la proportion de femmes sans enfant également. »

Une contraception mal adaptée ou ignorée

Plusieurs explications sont avancées.
- L’absence de tout moyen contraceptif : en 2004, 28 % des IVG ont été pratiquées chez des femmes qui n’utilisaient pas de moyen contraceptif. Pour certaines, il y a des problèmes d’information (l’INPES - Institut national de prévention et d’éducation pour la santé - insiste sur les méconnaissances de nombreuses femmes concernant la contraception et le cycle féminin) ou d’accès à la contraception, une ambivalence à propos du désir de grossesse, ou, chez certaines femmes jeunes, un manque de reconnaissance sociale du choix de la sexualité. .
- Il existe une norme médicale de la contraception (préservatif d’abord, puis pilule quand la relation est stabilisée, enfin stérilet quand le nombre d’enfants souhaités est atteint). Mais cette norme fait que « la méthode utilisée n’est pas toujours adaptée aux conditions de vie sociales, affectives et sexuelles des femmes. » Ainsi, un quart des femmes ayant eu recours à l’IVG (interruption volontaire de grossesse) prenaient la pilule, « l’échec étant six fois sur dix attribué à un oubli de prendre les comprimés. » La dernière campagne de l’INPES sur la contraception porte sur ce point.
- Le changement de méthode est incriminé : « une femme ayant eu recours à l’IVG sur deux avait changé de situation contraceptive dans les 6 mois précédant le rapport ayant conduit à l’IVG. »

L’enfant programmé

Cet échec de planification est de moins en moins accepté. « La stabilité des taux d’IVG semble bien traduire une hausse de la propension à recourir à l’avortement en cas de grossesse non prévue. Alors que quatre grossesses non prévues sur dix (41 %) se terminaient par une IVG en 1975, c’est le cas de six sur dix aujourd’hui (62 %). »

Cela concerne toutes les catégories sociales. « Le taux de recours à l’IVG augmente d’abord avec l’âge de la femme pour atteindre un maximum à 20-24 ans et il décroît ensuite. »

La contraception est devenue la norme : les couples n’envisagent de concevoir un enfant que par son arrêt volontaire. Les couples se fixent en effet un certain nombre de « conditions préalables » pour faire un enfant. La première est la stabilité du couple parental : « 97 % des femmes âgées de 15 à 44 ans sans enfant mais qui ont l’intention d’en avoir un jour estiment qu’il est « important » ou « très important » d’être sûr que le couple parental soit stable. » (voir l’enquête sur la sexualité, qui montre bien que la stabilité affective reste la norme : chacun(e) cherche un(e) partenaire pour une longue durée, sinon pour la vie). Deuxième condition : la stabilité du travail. « 90 % des femmes et 84 % des hommes considèrent qu’il est « très important » pour un couple qui souhaite avoir un enfant que l’un des deux au moins ait un tra¬vail stable. » Trois : profiter de sa vie de couple avant de faire un enfant. Certains couples prévoient la date de l’accouchement en fonction du travail de la femme (par exemple, les enseignants choisissent le printemps pour cumuler vacances scolaires et congés maternité) ou de sa carrière (l’été, pour ne pas être trop longtemps absente).

Ces « conditions préalables » ne traduisent pas un égoïsme parental, mais au contraire une « attention aux conditions d’accueil de l’enfant. » Femmes et hommes veulent s’assurer d’un engagement optimal dans la parentalité, notamment en prenant en compte le contexte de l’arrivée de l’enfant. C’est ce que Luc Boltanski appelle « le projet parental », alors que Paul Yonnet parle « d’enfant du désir », Ségolène Aymé d’amour parental et que Bruno Palier insiste avec Gosta Esping-Andersen sur l’importance des conditions d’accueil des jeunes enfants.

Populations et sociétés
Arnaud Régnier-Loilier et Henri Leridon (INED). Après la loi Neuwirth, pourquoi tant de grossesses imprévues ? n° 439, novembre 2007.
Bajos N., Moreau C., Leridon H., Ferrand M. - « Pourquoi le nombre d’avortements n’a-t-il pas baissé en France depuis 30 ans ? ». n° 407, décembre 2004.

INPES. Contraception : que savent les Français ?

Sur Carnets de santé :
La sexualité des Français(e) aujourd’hui
À propos d’un livre de Luc Boltanski : Engendrer ou avorter - de la chair à la parole (1) - de la chair au corps (2)
Entretien avec Paul Yonnet
Entretien avec Ségolène Aymé
Entretien avec Bruno Palier

La contraception d’urgence

L’usage de la contraception d’urgence augmente régulièrement : en 2005, plus d’une femme sur sept (13,7 %) a eu recours à la contraception d’urgence au cours de sa vie (contre 8,4 % en 2000). C’est aux âges les plus jeunes (15-24 ans) que ce recours y est le plus fréquent, du fait d’un problème de préservatif le plus souvent.

En revanche le niveau de connaissance sur la contraception d’urgence est assez hétérogène : il est nettement plus élevé dans les classes d’âge les plus jeunes, en milieu scolaire. Ceci peut s’expliquer par l’existence d’un dispositif permettant aux infirmières de délivrer rapidement la contraception d’urgence. Par ailleurs, les données du Baromètre santé montrent que les femmes en situation financière difficile, sans travail et ou avec un niveau d’étude bas sont les moins bien informées sur la contraception d’urgence.

Les modalités d’usage, ainsi que les dispositifs permettant de délivrer la contraception d’urgence, sont relativement méconnus. En 2005, seules 11,7 % des femmes de 15 à 54 ans (et 7,1 % des hommes) connaissaient le délai d’efficacité reconnue de 72 heures pour prendre la contraception d’urgence. Un quart de la population âgée de 15 à 54 ans interrogée ne savait pas qu’il est inutile d’avoir une ordonnance pour se procurer la contraception d’urgence.

Source : INPES




     
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  adolescence grossesse interruption grossesse contraception famille avortement lois et système judiciaire sexualité opinion égalité hommes-femmes maternité
     
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1 Message

  • Bonjour,

    Je ne supporte pas la pilule. Effets secondaires, inconfortables voir dangeureux. Cela va des jambes gonflées, maux de têtes à l’hémiplégie. Avec le stérilet, j’ai fait une grossesse extra-utérine. Opération d’urgence donc. Après deux avortements médicamenteux, à 40 ans, j’ai choisi la stérilisation définitive. Et je suis sereine maintenant par rapport à ma sexualité.

    C’est fort domage qu’il y ait encore un fort tabou sur la stérilisation définitive, le mythe qui dit que une femme devient femme quand elle materne est bien un mythe. Avec 6 milliards d’humains sur Terre, l’espèce n’est pas en voie de disparition ! Ca va !

 
     
   
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