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La santé n’est pas un sujet de débat politique
mai 2012, par serge cannasse 

La santé n’a pas occupé le devant de la scène dans les débats pour les élections présidentielles. Mais pouvait il en être autrement ? Et cela signifie-t-il que les politiques s’en désintéressent ? Pas sûr ... La santé est une notion floue qui recouvre des questions nombreuses et complexes. À qui revient le privilège de décider celles qui sont prioritaires ?

La santé n’a pas fait partie des débats de la campagne présidentielle, sauf lorsque des questions spécifiques étaient posées aux candidats. Le plus souvent, elles venaient de journalistes travaillant pour des supports destinés aux professionnels du secteur. Dans celui-ci, tout le monde s’est plaint de ce qui a été qualifié de manque d’intérêt, généralement en faisant remarquer que les enjeux sont pourtant considérables, aussi bien en termes financiers qu’organisationnels ou sociaux, et que de nombreux sondages montrent que le public est concerné par ces problèmes.

Mais est-ce un « manque d’intérêt » ? Les intéressés le nieraient très certainement. Je préfère laisser de côté l’hypothèse de leur mauvaise foi, parce qu’elle ne me semble pas crédible : qu’ils aient une chance d’accéder à la magistrature suprême ou pas, les enjeux sont effectivement tels qu’il est difficile de les imaginer prendre le risque de n’avoir rien à en dire. La question est plutôt de savoir pourquoi les questions de santé ne parviennent pas à occuper le devant de la scène, présidentielle ou pas.

Mais au fait, est-ce si sûr qu’elles n’y parviennent jamais ? Pas du tout. Exemples récents : la grippe A/H1N1 et la vaccination, les vaccins contre les virus HPV responsables de cancers du col utérin, les suicides au travail, les risques psychosociaux, la démographie médicale, les dépassements d’honoraires, le tabagisme passif, le rôle de l’industrie pharmaceutique dans l’information des médecins et les autorisations de mise sur le marché des médicaments, les accidents en radiologie, les agressions dont sont victimes les personnels hospitaliers. Il faut sans doute ajouter à cette liste non exhaustive les classements des établissements hospitaliers par divers supports de presse, qui ont toujours beaucoup de succès.

Cette diversité amène à se dire qu’il est irréaliste de vouloir un débat sur la santé, alors que les questions portant sur la santé sont différentes et nombreuses. Faut il en choisir une ou plusieurs ? Quelles sont celles qui importent et à qui ? Les préoccupations des professionnels ne rejoignent pas automatiquement celles du public, même lorsqu’elles sont justifiées par la santé de ce public. Les professionnels eux-mêmes ont des intérêts divers, qu’ils appartiennent au même corps de métier ou qu’ils travaillent dans des sphères aussi différentes que la santé au travail, la chirurgie digestive, la prise en charge du diabète ou la petite enfance. Le public lui-même n’est pas homogène, sauf lorsque les questions touchent à l’évidence tout le monde, comme ce fut le cas pour la vaccination contre la grippe pandémique.

On me rétorquera que certaines questions touchent de fait tout le monde, par exemple celles relatives au personnel hospitalier, au reste à charge ou aux inégalités de santé. Peut-être, mais pas à l’évidence.

C’est qu’elles sont techniquement compliquées. Avant même d’envisager des réponses, les formuler correctement demande d’ailleurs beaucoup de soin. Prenons l’exemple de la démographie médicale. Quel est le problème ? pas assez de médecins ? pas assez de médecins dans certaines spécialités ? pas assez de médecins en secteur 1 dans certaines spécialités ? pas assez de médecins en secteur 1 dans certaines spécialités dans certains endroits ? pas assez de médecins en secteur 1 dans certaines spécialités dans certains endroits dans quelques années ?

Cela en supposant que le problème de la démographie médicale, ainsi formulé, soit prioritaire. Comment et par qui sont définies les questions qui importent ? Est-ce que l’organisation du travail dans les entreprises en fait partie ? le logement ? les transports ? les évolutions techniques majeures et rapides qui bouleversent l’organisation des soins ?

Sans compter que bien souvent, les réponses viennent avant les questions. Les maisons pluridisciplinaires de santé en sont l’exemple caricatural, comme l’ont été les réseaux il y a quelques années.

Quel serait le politique assez fou pour se lancer dans un imbroglio pareil ? D’autant qu’il a compris aujourd’hui trois autres choses : les questions de santé sont monopolisées par les professionnels du soin, en particulier les médecins, ou plutôt certains médecins, très jaloux de leurs prérogatives, notamment dans leur capacité à mener le débat ; elles virent très rapidement à la soupe émotionnelle, parce qu’elles sont très fortement chargées symboliquement (la vie, la mort, le sang, etc), ce qui se contrôle difficilement ; tout ce qu’il dit sera systématiquement suspecté d’arrières-pensées douteuses, parce que nous sommes en France et que tout le monde se méfie de tout le monde.

Cela ne signifie pas que les politiques n’ont pas d’opinion recevable (argumentée) sur ces questions. Cela signifie qu’ils ne les exposent pas ouvertement, comme d’ailleurs leurs opinions sur nombre de sujets tout aussi importants, et que lorsqu’ils s’expriment, ils ne le font que sur des problèmes déjà dans l’arène publique et qu’ils ne proposent que des solutions plutôt consensuelles, au moins pour leurs électeurs potentiels. À ce point, la question de savoir s’il y a de réelles divergences entre eux reste posée.

photo : Paris, mars 2012 © serge cannasse




     
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1 Message

  • La santé n’est pas un sujet de débat politique

    8 mai 2012 21:01, par JGPOUZET

    [http://www.marianne2.fr/Les-politiques-anesthesient-le-secteur-de-la-sante_a197932.... 01/10/2010

    Voir l’article d’Elie ARIE,cardiologue et Enseignant en Economie de la Santé au Conservatoire National des Arts et Métiers Membre du Conseil scientifique de la fondation Res Publica

    "Vouloir agir sur la santé , c’est vouloir agir sur tous les domaines de la société... et donc braver simultanément tous les corporatismes et toutes les situations acquises"

    CQFD

    Voir en ligne : Des ministres qui ne connaissent rien. à la gestion de la santé..

 
     
   
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