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Les bienfaits du silence
avril 2016, par Roland Narfin 

Le silence est devenu une denrée rare. Il fait peur. Pourtant il nous arrive de le solliciter. Nous devrions sans doute même le faire plus souvent. Ce texte est un plaidoyer en faveur du silence.
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Pas un seul jour de nos vies n’est sans sollicitation. Au point de n’avoir quasi jamais une minute à nous, tant pour nous poser ou mettre notre mental au repos que pour souffler ! Cerné de toutes parts par un foisonnement de bruits – celui des villes, des médias, de la musique omniprésente, des klaxons ou des portables –, notre corps s’épuise ; nos pensées s’embrouillent et notre cerveau ressent le besoin de ralentir.

Dans ce monde d’hyper stimulation visuelle et sonore, le silence fait figure d’intrus, d’étrange. Tout vaut mieux que lui faire face. Pour autant, il a sa place. Certes, en parler, c’est comme exprimer une double contrainte insoluble puisque dans le temps même où on l’énonce, il est rompu.

Non seulement pas vide, il est rempli et il remplit. Il a un sens. Il ne peut se réduire au singulier, tant il recouvre de significations. On le retrouve dans une multitude d’expressions. Quand nous sommes confrontés au regard des autres, il peut refléter notre peur, notre trac. Quand nous sommes mal à l’aise, il exprime l’embarras ou vise à s’en protéger. Il maintient en retrait. Il peut être aussi le synonyme de discrétion, un symbole de complicité ou à défaut de préservation du secret – des non-dits familiaux – pour ne pas énoncer l‘indicible de traumatismes majeurs. Briser celui de l’omerta vaut la mort pour châtiment. On retrouve également le silence dans le milieu professionnel où il a valeur de secret, mais aussi lors de cérémonies d’hommage. Lui réserver une pleine place pendant une minute favorise communion et respect.

Quoiqu’il en soit, le silence est langage. Indissociable de la parole, il lui donne corps, la rythme et lui insuffle la vie. Dans cette dualité, la parole permet d’extérioriser une pensée, le silence lui, se réfère plus à l’intériorisation.

Du silence à la parole

Le silence est absence de parole, mais l’absence de parole ne signifie pas absence de langage : « je peux penser lorsque je me tais ». Se mettre au silence, c’est être dans une écoute attentive, c’est accepter de ne pas savoir. On se confronte à ses propres manquements théoriques.

C’est le « Pas Sage » de l’un à l’autre. Par cette attitude, on reconnaît notre interlocuteur. On le respecte dans ses besoins, dans la relation. Par ce non-langage, on fait place à l’Autre et à sa parole. On rentre en lien avec lui, dans une communion relationnelle. On favorise sans s’en rendre compte l’échange, le lien qui nous unit à l’instant « t » et permet à l’Autre de se sentir exister. Par le silence on agit et interagit avec l’interlocuteur. C’est par cela et pour cela qu’on existe. On découvre l’autre. On se domine. On se contient face à toutes nos émotions et sentiments. On se décentre de soi.

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De la parole au silence

En faisant silence, on s’impose, dans certaines situations, la contrainte de se taire. On s’astreint à une pression intérieure comme extérieure pour comprendre, pour réaliser, pour rester attentif. Écouter, c’est se questionner pour comprendre ce qui vient d’être dit. C’est aller à la rencontre de l’autre. En s’imposant ce silence, on développe son écoute de l’autre, on se concentre sur ses propos, ses arguments et ses nuances. On invite l’autre à entrer en soi.

Dans la sphère professionnelle, on s’autorise à mettre à distance son émotionnel pour ne rester que sur du factuel. Le silence nous protège de tout désir de réaction. Il est alors important de composer avec lui dans une relation communicative. Le partager, c’est se l’approprier comme un outil « méthodologique ».

C’est donner de soi, en devenant témoin de la parole qui se déploie.

Du silence en soi

Support de toute spiritualité, le silence permet d’entrer dans le monde de l’introversion. Il peut devenir un allié précieux pour nous aider à nous concentrer dans notre for intérieur. On se découvre, se juge pour mieux apporter à l’autre, mais à soi-même aussi.

Véritable travail sur son moi, son ego. On se relie à soi tout en apprenant à se connaître. Dans cette intériorité, on explore de nouvelles ressources, qui nous permettent de reconsidérer les situations en prenant de la hauteur. Le silence nous permet de ne plus nous laisser envahir par le tourbillon oppressant, voire grouillant, de notre environnement.

Par ce cheminement intérieur, on écoute son corps, on perçoit sa présence, ses maux, ses blessures pour mieux les repenser/panser. Il nous permet d’être avec nous-mêmes, en pleine conscience de ce qui nous entoure.

Dès lors, on appréhende différemment chaque bruit de notre environnement. Nos sens sont plus aiguisés. On vit avec soi dans une paix intérieure, une sérénité qui ne fera que rejaillir et se répandre ; un sésame pour trouver la paix du cœur mais également apprivoiser le silence pour grandir en humanité.

Cette intériorité est indispensable. Elle nous relie au présent tout en nous liant aux autres. L’essence du silence est de se suffire à lui-même. On dit souvent que l’on a parlé, mais jamais que nous nous sommes tus.

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Le bruit du silence

« Tais toi, écoute le silence »

Cependant, le silence est ressenti très souvent comme un vide angoissant qui nous confronte à notre incapacité à y faire face. Une fois qu’il apparaît, il provoque l’ennui. Faire silence, c’est perdre en quelque sorte la certitude d’une plénitude. On passe alors du tout, habité par le bruit, au vide, à un abîme.

Dans la vie de tous les jours, il nous inquiète, nous alerte d’une panne, d’une défaillance… s’enfermer dans le silence pour ne pas voir ce qui se passe autour de soi, oubli du monde qui nous entoure, égoïstement enfermé dans son propre univers.... un silence plus ou moins pesant, un silence qui en dit long parfois…

Assimilé au néant, à l’inconnu voire à la solitude, le silence nous renvoie à une fin, proche de la mort. Il nous confronte à toutes nos peurs archaïques : celle de l’insécurité, du vide, que nous avons besoin de combler coûte que coûte, par l’action, un fond sonore, des substances diverses ou bien encore la parole.

Mais voilà, il nous faut apprendre à surmonter cette absence, ce manque.

L’obstacle du silence

La rumination silencieuse nous astreint à ronger notre frein. Le silence nous oblige à être vigilant dans son utilisation. En effet, il peut s’installer dans une relation comme si celui qui y faisait appel avait implicitement la vocation de savoir, de dénouer, de se retrouver dans une position de toute puissance. Cela peut alors influer considérablement sur la relation ; parfois pour amener l’Autre à travailler sur lui, s’interroger ; le professionnel sera, dans ce cas, un alter ego dans la relation ; ou bien encore pour rejouer des scénarii répétitifs de la prime enfance, où le professionnel prend alors l’aspect d’un alter strict.

Quoiqu’il en soit c’est au professionnel de déchiffrer, d’interpréter dans cet espace creux, ce fluide de la relation transférentielle/contre transférentielle.

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La tranquillité est un état dans lequel il n’y a ni agitation, ni trouble.

Le calme est un état de tranquillité et inébranlable qu’aucun trouble ne peut affecter ; c’est un état moins négatif que la tranquillité.

La paix est un état encore plus positif ; elle porte en soi le sens d’une délivrance et d’un repos stables et harmonieux.

Le silence est un état où il ne se produit pas de mouvements du mental ni du vital, ou dans lequel règne une grande immobilité qu’aucun mouvement de surface ne peut percer ni altérer.

Extraits de Lettres sur le Yoga - Tome 3. source : aurobindo-mudita.blogspot

Voir aussi : comment méditer et les vertus du silence

" Si le bruit n’existait pas, la vie ne serait qu’un silence assourdissant. Faute d’entendre quoi que ce soit, rien n’y personne ne pourrait vivre. Tout serait muet, tout étant sourd. Tout serait sourd, tout étant muet. Si la lumière tire le monde de l’obscurité, le bruit le tire de son silence. le bruit du monde est donc essentiel au monde. il en est le fond. Un fond plus profond encore que la lumière. On peut vivre dans la nuit. On ne peut pas vivre dans le silence."

Bertrand Vergely, Petite philosophie grave et légère.

Photos : Vietnam, 2015 ©serge cannasse




     
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