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Mosnier Anne
mars 2009, par serge cannasse 

Médecin généraliste ayant suivi une formation en épidémiologie, le Dr Anne Mosnier est co-coordinatrice nationale des GROG. Elle participe, autour du thème de la grippe et des infections respiratoires, à de nombreux groupes de travail et conseils scientifiques en France et en Europe. Au sein d’Open Rome, bureau d’études en environnement et santé publique, elle est amenée à mettre en place des démarches d’accompagnement et d’évaluation externe de projets menés en médecine générale, dans le but de développer la recherche en soins primaires et la coopération entre professionnels de santé.

Qu’est-ce que le réseau des GROG (Groupes Régionaux d’Observation de la Grippe) ?

C’est un système d’alerte et de surveillance épidémiologique de la grippe et des autres infections respiratoires communautaires, en région, au plus près de la population, grâce aux professionnels de santé exerçant en ville : généralistes, pédiatres, pharmaciens, mais aussi médecins militaires, médecins d’entreprise et d’aéroports. Cette surveillance s’exerce chaque année d’octobre à avril, dans la période de circulation du virus grippal saisonnier.

Les données rassemblées chez un même patient sont à la fois cliniques et virologiques. Les médecins envoient les données cliniques à leur coordination régionale par le moyen qu’ils préfèrent et qui garantit au mieux leur participation (téléphone, e-mail, internet, etc). Ils font des prélèvements rhino-pharyngés (environ 5 000 par an au total) envoyés dans des centres de virologie spécialisés. L’ensemble de ces éléments est centralisé à la coordination nationale. L’analyse qui en est faite donne lieu à un rapport hebdomadaire décrivant avec précision la situation épidémiologique des infections respiratoires et transmis aux acteurs de cette veille et aux autorités de santé.

Le réseau des GROG est une association loi de1901 qui est partenaire de l’Institut de Veille Sanitaire, ce qui garantit le respect de critères de qualité rigoureux.

Afin que l’appartenance au Réseau des GROG soit individualisable au sein des différents réseaux de surveillance existants, notamment le réseau Sentinelles, les acteurs de la surveillance GROG sont appelés « vigies ».

Les GROG visent à encourager la recherche en soins primaires.

En effet, nous ne voulons pas que les professionnels de terrain soient vécus comme des fournisseurs de données. Ils doivent être parties prenantes de leur analyse, de la synthèse qui en est faite et des axes de recherche qui en sont issus. L’un des objectifs de l’association du réseau des GROG est de promouvoir et de défendre ce principe.

Même si la mise en place des départements de médecine générale a fait évoluer la situation, les généralistes restent inégalement formés à la recherche dont ils n’ont bien souvent qu’un aperçu peu exploitable en pratique. Dans le même temps, de nombreux travaux de recherche émergent en médecine générale. Ils doivent pouvoir bénéficier des mêmes appuis méthodologiques que ceux proposés à la recherche hospitalière et trouver notamment des interlocuteurs ayant une véritable connaissance de l’épidémiologie de terrain.

Vous participez également au fonctionnement de l’association EPITER (Association pour le développement de l’épidémiologie de terrain).

Cette association rassemble surtout des professionnels ayant suivi les cours de l’IDEA (Institut pour le développement de l’épidémiologie de terrain), créés à l’Institut Mérieux et aujourd’hui organisés par l’InVS et l’EHESP (Ecole des hautes études en santé publique). Ces cours donnent les bases essentielles des méthodes épidémiologiques. Le but de l’association est de favoriser la connaissance et l’application de ces méthodes par tous les soignants. Grâce au bagage commun du cours de l’IDEA et à notre rencontre annuelle, les membres partagent une vision commune des problèmes, favorisée par des liens amicaux.

Dans le cadre d’une collaboration avec la SFMG (Société française de médecine générale), nous avons développé des modules de formation à l’épidémiologie adaptés à la problématique des médecins de ville. Le but n’est pas de former des épidémiologistes, mais de favoriser l’appropriation par les soignants de « réflexes épidémiologiques » leur permettant une lecture plus critique, notamment sur le plan méthodologique et les aidant à mieux percevoir la dimension santé publique de leur pratique.

EPITER est membre de la SFSP (Société française de santé publique). Dans ce cadre, j’y anime également avec son président, François Bourdillon, et avec un médecin généraliste, Jean Godard, un groupe de travail « médecine générale et santé publique ».

Vous insistez beaucoup sur les rencontres entre professionnels de santé.

Oui, car ils sont souvent isolés, notamment ceux qui exercent en ville, alors qu’actuellement, il y a un vrai mouvement en faveur de leur coopération, véritable enjeu de santé publique favorisé par les autorités de santé. La coopération des professionnels sera cruciale en cas de crise sanitaire, par exemple une pandémie grippale, où le système sanitaire sera vraisemblablement très vite débordé. Cela a été très bien montré pendant l’épidémie de chikungunya à la Réunion : les professionnels se connaissant très bien, ils ont pu réagir rapidement, collectivement et efficacement.

Les réunions régionales et nationales du Réseau des GROG permettent aux vigies d’échanger sur le même pied entre elles et avec des praticiens très divers, médecins de maisons de retraite, SOS médecins, pharmaciens, mais aussi virologues de pointe ou professeurs d’infectiologie.

Dans notre fonctionnement en réseau, l’équipe de la coordination nationale est aussi un point d’appui. Nous sommes contactés par les soignants pour les problèmes les plus divers, parce que les professionnels savent qu’ils y trouveront facilement un interlocuteur attentif. A ce titre, nous servons régulièrement de première interface entre le soignant et les autorités sanitaires locales.

Nous travaillons également de plus en plus avec les pharmaciens d’officines. Les modifications de l’accès au soin (médecin traitant, limitation des visites, campagne antibiotiques…) ont fait qu’ils sont de plus en plus souvent sollicités par les patients comme premier recours. Les pharmaciens de ville ont aussi leur rôle à jouer dans la veille sanitaire.

Et les infirmières ?

C’est beaucoup plus difficile pour elles, parce qu’en ville, elles sont très peu organisées pour coopérer avec les autres professionnels et surtout parce qu’elles ont des horaires infernaux qui leur laissent très peu de disponibilité.

Après plusieurs années d’existence, le Réseau des GROG a-t-il encore des difficultés de fonctionnement ?

Il a les mêmes difficultés que tous les professionnels de soins primaires qui se battent pour rester acteurs à part entière de la recherche, de la veille sanitaire et d’une manière générale, de la santé publique. L’activité de santé publique des soignants de ville souffre d’un manque de reconnaissance au sein des institutions de santé, mais aussi parfois chez les soignants eux-mêmes. Le statut d’acteur de santé publique des soignants de ville et tout particulièrement des généralistes, doit être clairement affiché et trouver une reconnaissance statutaire et financière permettant aux soignants d’y consacrer le temps nécessaire.

Enfin, dans les activités épidémiologiques menées avec les soignants de ville, aucune structure ou activité n’est pérenne. Le Réseau des GROG existe depuis 1984. Pourtant, il nous faut refaire les dossiers chaque année sans visibilité des montants qui nous seront alloués. La lourdeur administrative et le manque total d’accompagnement des acteurs de soins primaires font dépérir nombre de projets de santé publique portés par les soignants de ville.

Epiter

Entretien paru dans le numéro 816 de février 2009 de la Revue du praticien - médecine générale

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