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Pédiatrie : spécialité ou médecine générale de l’enfant ?
novembre 2009, par Yves Gervais 

L’Association française de pédiatrie ambulatoire a lancé une pétition pour que le Gouvernement augmente le nombre de pédiatres formés chaque année dans les facultés de médecine. Pour elle, le danger est de faire exercer une médecine de spécialité (la pédiatrie) par des médecins généralistes dont ce n’est pas le coeur de métier. Réagissant à cette initiative (relayée par Carnets de santé en novembre), Yves Gervais, ancien généraliste, appelle à une réflexion d’ensemble à propos des soins primaires afin de sortir de la logique de marché qui est de fait celle dans laquelle se trouvent prises les professions qui les ont en charge.

Note de Carnets de santé :

En juin de cette année, l’Association française de pédiatrie ambulatoire appelait la population à signer une pétition : " La pédiatrie de ville disparaît - Signons pour les enfants !" En effet, elle faisait remarquer que si " la France affiche aujourd’hui le taux de natalité le plus élevé d’Europe ", le nombre de ses pédiatres de ville baisse régulièrement (un seul pédiatre pour 5 300 enfants, soit 3 fois moins que la moyenne européenne et 8 fois moins qu’en Italie). Son communiqué de presse ajoutait : " Le Gouvernement s’obstine à vouloir transférer les missions pédiatriques vers la médecine générale. Il est donc urgent de réagir pour que le pédiatre soit replacé au centre du système de soins de l’enfant." En effet, " la médecine infantile (...) demande des compétences spécifiques." Le texte du communiqué précisait : " Tous deux indispensables, médecins généralistes et pédiatres n’en sont pas moins différents. Pour une meilleure prise en charge globale de la santé de l’enfant, un travail de complémentarité entre ces deux acteurs, le monde hospitalier et les maternités, devrait au contraire être mis en place."

La pétition en faveur des pédiatres de ville appelle à mon sens quelques réflexions.

En première approximation, elle apparaît comme corporatiste, comme en son temps le mouvement des gynécologues médicaux. Sans doute, les pédiatres souffrent-ils, comme d’autres cliniciens, de la sous-valorisation des actes non techniques et donc de la désaffection des étudiants pour les modes d’exercice de type clinique. Mais sur quoi se fonde-t-elle en termes de cohérence avec l’ensemble du système de santé ?

D’une part, il faut bien voir que l’activité dominante d’un pédiatre aujourd’hui est de la simple puériculture, dont une bonne part pourrait être assurée par des infirmiers bien formés.

D’autre part, les pédiatres de ville n’ont jamais choisi entre le rôle de généraliste de l’enfant (auquel cas ils devraient être rémunérés comme des généralistes) ou bien comme de vrais spécialistes, ce qu’ils affichent volontiers. Le résultat est que lorsqu’un médecin de famille a besoin d’un avis spécialisé concernant un enfant de sa patientèle, il lui est très difficile de trouver un pédiatre disponible. De plus, une majorité de pédiatres n’assume aucune garde de nuit ou de jours fériés, laissant aux généralistes le soin de pallier leurs absences.

Il faudrait donc clarifier les choses à partir d’une réflexion d’ensemble. Certes, une partie du public a pris pour habitude d’en référer au pédiatre pour toute question concernant les enfants. Logique "basiste" : enfant = pédiatre, femme = gynéco, bientôt personne âgée = gériatre, hypertension = cardiologue, diabète = endocrinologue, etc... Toute question de santé, bénigne ou grave, simple ou complexe, fréquente ou rare relèverait ainsi de la spécialité correspondante.

Ceci découle en fait du mouvement non maîtrisé de fragmentation des tâches et de la promotion sociologique de la figure du spécialiste que nous connaissons depuis 30 ans, sans que l’on puisse affirmer que cela constitue un réel progrès en termes de santé ou d’efficience. En réalité, chacune des spécialités se constitue un domaine le plus large possible pour assurer ses revenus, selon une logique de marché, absolument contraire à la déontologie professionnelle.

En fin de compte, ce qu’il est convenu d’appeler les soins primaires ne fait l’objet d’aucun véritable investissement et la fonction de soins primaires est éparpillée entre divers acteurs qui ne l’assument que partiellement. Il ne faut pas chercher ailleurs la désaffection des étudiants pour cette fonction, ainsi que les problèmes de démographie qui en découlent.

Pour lire la pétition et le communiqué de presse : AFPA

Photo : Paris, 2008 © serge cannasse




     
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