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Plan de sauvegarde de l’emploi : les survivants
juin 2016, par Roland Narfin 

L’expression consacrée pour désigner ceux qui ont échappé au licenciement est éloquente : les survivants. Elle indique bien que leur sentiment dominant n’est pas le soulagement, mais la sidération qui suit le vécu d’un traumatisme. Il faut donc se garder d’imaginer que désormais tout ira pour le mieux.

Roland Narfin est psychologue, formateur et consultant.

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« Les survivants »

On qualifie du terme de « survivants » les salariés qui restent dans une entreprise après qu’une restructuration ait profondément modifié ses effectifs.

A l’origine, cette expression désignait le stress post traumatique vécu par les rescapés de situations extrêmes, telles que des catastrophes naturelles ou des accidents graves (attentats,…). Elle est née du travail d’un médecin psychiatre, le Docteur W. Niederland, qui a travaillé sur les survivants de la Shoah. Il s’avère que les salariés rescapés de plan social, peuvent présenter de nombreux symptômes ou éprouver des émotions comparables à celles endurcies par les victimes d’atrocité, bien que les réactions psychiques mises en jeu concernent plus un travail de perte qu’un syndrome strico sensu traumatique.

Le P.S.E est un choc. Suite à la sidération qu’il provoque, nombre de problèmes psychiques et/ou physiques apparaissent.

Pas de véritables « chanceux »

Les salariés de la nouvelle organisation vivent dans la culpabilité d’avoir survécu à cette tempête alors que certains de leurs collègues ont dû quitter l’entreprise. On les surnomme les « chanceux ». Le sont-ils réellement ? Ce ne sera plus la même équipe, ni les mêmes organisations. Tous les schémas sont bousculés, les repères de moins en moins fiables. Le désenkystement peut être long, le temps humain étant différent du temps économique et industriel. Il va leur falloir intégrer le deuil de leurs collègues frappés par le plan social, mais aussi tout ce qui avait trait à l’ancienne organisation. Il est à noter que l’expression « faire son deuil » est à employer avec précaution auprès des salariés, car elle ne recouvre pas forcément la même signification pour ceux qui l’emploient et pour ceux qui la reçoivent. Le deuil n’est pas synonyme d’oubli.

Il leur faut se réinvestir, se remobiliser psychiquement après avoir traversé émotionnellement difficilement cette attente. Cette période d’incertitude les a fragilisés. Comment retrouver de l’énergie, quand l’esprit a été plus qu’impacté par les évènements ? Comment rebondir, quand par identification, on a eu le sentiment d’être mort professionnellement ? Pour certains, qui n’ont pu exprimer ce qu’ils ressentaient, la douleur s’est imprimée dans leur chair, et ils devront reprendre comme si de rien n’était.

Si auparavant, la norme de l’entreprise était à l’emploi à temps plein ou de durée indéterminée, depuis cette mesure, on tente d’y croire mais le plan social a tout remis en cause. L’angoisse prévaut en raison d’un sentiment de précarité. Ils se vivent désormais comme des « intérimaires permanents ».

Se reconstruire dans une entreprise qui n’est plus la même

En fait ils doivent intégrer qu’ils appartiennent à une nouvelle équipe avec une nouvelle organisation. Dès lors, il est difficile de pouvoir exiger d’eux d’être rentables et productifs de nouveau, du jour au lendemain après une si longue période de flou. Si dans les faits, ils n’ont pas perdu leurs emplois, dans leurs têtes, rien n’est plus comme avant.

Face aux nouvelles contraintes, ils essaient de se remotiver en gardant pour certains l’idée qu’une éventuelle organisation n’est pas à écarter. On garde en mémoire certaines situations traumatiques.

Ils s’appuient sur ce nouveau système dans lequel ils vont puiser un nouvel équilibre, une nouvelle identité, voire la force de redresser ou stabiliser l’entreprise dans laquelle on croyait jusque-là. Pour certains, ils n’aspirent plus réellement aux mêmes perspectives de carrière. Ils ont le sentiment de travailler avec l’angoisse permanente d’une nouvelle organisation.

Ils s’attachent à aller au travail « bon gré mal gré », mais le cœur n’y est plus. Il y a une perte de sens. Ils ont un emploi, mais quid du sens au travail ? Quid de leur valeur ajoutée pour l’entreprise ? Quid de leur reconnaissance en tant qu’individus ?

Pour faire face au danger de la démotivation et du désengagement, l’entreprise s’attachera à donner du sens au travail et de la reconnaissance à chacun, en favorisant les formations professionnelles, dans l’objectif affiché d’assurer la pérennité de l’employabilité de chacun tout-au-long de sa carrière professionnelle.

Elle maintiendra par là-même motivation et engagement dans les enjeux de l’entreprise, en affichant des objectifs de professionnalisme et de performance de ses salariés. Au travers d’un développement de ses actions de formation, l’entreprise concourra à sa performance et à sa pérennité, induisant projet d’entreprise et bien-être au travail.

Photo : Paris, 2015 ©serge cannasse




     
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  travail santé mentale lois et système judiciaire psychopathologie du travail
     
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