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Radiofréquences : une conciliation difficile
mars 2010, par serge cannasse 

Alors que son rapport sur les radiofréquences rencontre une approbation quasi unanime, l’Afsset s’est attirée les foudres des Académies de médecine, Sciences et Technologies pour le communiqué de presse qui en rend compte. Elles estiment qu’il en fait une présentation biaisée, axée sur les risques alors que le rapport est globalement rassurant, et sur la réduction des expositions, injustifiée. Certains commentateurs parlent même de manipulation. Et si (quitte à passer pour un naïf), il s’agissait de la difficulté à concilier restitution des données scientifiques et réponse aux inquiétudes ?

En octobre 2009, l’ensemble de la communauté scientifique saluait la remarquable qualité du rapport de l’Afsset sur les effets sanitaires des radiofréquences émises par la téléphonie mobile et ses antennes relais. En revanche, quelques semaines plus tard (en décembre), les Académies de médecine, des Sciences et des Technologies dénonçaient le communiqué de presse qui l’avait présenté. Pour elles, alors que le contenu du rapport est globalement rassurant et « couvre avec pertinence et pédagogie les questions posées », la présentation qui en est faite par le communiqué insiste d’emblée sur les éventuels effets « dommageables » sur la santé, non établis, mais « constituant des signaux indéniables », justifiant une « réduction des expositions ».

Leur point de vue était renforcé en janvier 2010 par deux des auteurs du rapport, Anne Perrin et Catherine Yardin, qui écrivaient dans la Lettre de l’Académie : « Parmi les 226 études biologiques analysées, il est étonnant que seules les 11 études méthodologiquement correctes faisant état d’un effet biologique soient évoquées de manière récurrente, alors que les 86 autres études – également rigoureuses – ne montrant pas d’effet sont marginalisées. Or, ces 11 études, après analyse détaillée, ne constituent pas un « signal d’alerte », elles ne convergent pas vers un effet cohérent et elles n’ont pas été répliquées. »

Comme les Académies, elles regrettent que le titre du communiqué porte sur la recommandation de « réduction des expositions », qui constitue un « discours alarmiste et infondé. » Le directeur de l’Afsset, Martin Guespereau, n’a pas donné suite.

D’un point de vue strictement scientifique, il est difficile de contester l’avis des Académies et des deux co-auteures du rapport, qui n’est attaqué que par quelques associations pour qui les ondes « doivent » avoir des effets dommageables …. Avant de poursuivre, il faut saluer la conversion des bonnes âmes qui s’indignaient il y a encore peu du manque d’objectivité des experts, autrefois « vendus » aux industries de téléphonie mobile, mais aujourd’hui miraculeusement vierges de tout soupçon puisque c’est leur avis qui est mis en avant. Rendons grâce à Dieu et continuons.

Car il y a quand même un problème. En effet, écrivent les deux co-auteures citées : « Une restitution claire et transparente de l’expertise scientifique aux citoyens est indispensable, séparée de la présentation des choix de gouvernance de la société. » Pour certains commentateurs, ces choix ont été dictés à l’Afsset par les politiques (ainsi, Emmanuel Grenier, par ailleurs excellent journaliste, parle de « manipulation » - NetSantéEnvironnement du 21 janvier 2010) : la formulation du communiqué de presse aurait été dictée par le souci de ne pas se mettre à dos les associations hostiles aux antennes-relais, dont l’influence a été certaine dans les médias.

On ne peut que souscrire au souci des deux co-auteures, mais il faut tout de même remarquer que la séparation entre la « restitution » et les « choix de gouvernance » n’a rien d’évident. C’est bien le communiqué des trois académies qui parle de discours « alarmiste » qui a «  inquiété le public », ce qui reste à montrer. Et si c’étaient les discours « strictement scientifiques » qui inquiètaient le public ? Et si les choses n’étaient pas aussi simples ? Et si le communiqué de l’Afsset était tout simplement très maladroit ? en mettant en avant les arguments des adversaires aux antennes-relais, croyant ainsi les désarmocer d’emblée, et en concédant une « réduction des expositions » dans le titre du communiqué, alors que son contenu et surtout la présentation qui en a été faite par le directeur lors de la conférence de presse sont bien plus nuancées ?

Qu’a-t’il dit en effet, sinon quelque chose d’assez proche de ce qu’a dit le député Alain Gest en janvier 2010 ? Puisque les gens sont inquiets, pourquoi ne pas mesurer les expositions là où ils le réclament et faire en sorte de les baisser là où elles dépassent les seuils couramment admis ? éventuellement en profiter pour regarder s’il n’y a pas quelques effets, très improbables, sur la santé, ce qui permettra peut-être d’explorer plus avant le fameux « syndrome d’hypersensibilité » ?

Communiqué de l’Afsset : « l’Afsset recommande de rechercher les quelques points du territoire où les niveaux d’ondes de radiofréquences sont nettement plus élevés que la moyenne, de les cartographier et de proposer une procédure pour réduire les niveaux. Cette démarche s’inscrit dans une logique environnementale, où, dès lors qu’une exposition peut être réduite, elle doit être envisagée . » (c’est l’Afsset qui souligne) On admettra qu’il ne s’agit pas d’une demande de réduction généralisée des expositions.

Recommandations d’Alain Gest : « Réaffirmer un principe d‘attention aux inquiétudes des riverains des antennes relais. (…) Renforcer les prérogatives des maires :
- Leur permettre de faire procéder à des mesures de niveaux d’exposition avant et après le dépôt d’une demande d’installation d’une antenne relais ;
- Prévoir qu’ils pourront engager une campagne annuelle de mesures, une commission de suivi réunissant élus locaux et citoyens tirés au sort parmi des volontaires étant instituée, à cet effet, au niveau communal ou intercommunal.
 »

Il s’agit ici de deux tentatives pour trouver un moyen acceptable de concilier l’avis des experts et les inquiétudes de certains citoyens. Le titre du communiqué de l’Afsset est sans aucun doute excessif, qu’il soit le fruit d’une erreur de communication ou d’un calcul politique. Mais la nuance n’est pas simple en information scientifique à destination du "grand public". Il ne suffit pas de vouloir lutter contre le "sensationnel" ou le "coup médiatique". Tout rédacteur qui a essayé d’expliquer un travail scientifique à des lecteurs qui ne sont pas formés à cette culture connaît bien l’aridité de la tâche. Celle-ci n’est pas facilitée par les positions tranchées, comme celles portant sur l’expertise, qui oscillent entre la confiance aveugle (invoquer la seule autorité des experts) ou le lancement d’anathèmes (les suspecter systématiquement de collusion avec des intérêts privés ou publics). L’expertise est une question essentielle qui mérite mieux : elle met en jeu la confiance que les citoyens ont dans leurs institutions.

Références

Communiqué de presse de l'Afsset du 15 octobre 2009  : Les radiofréquences : mise à jour de l’expertise relative aux radiofréquences, L’Afsset recommande de réduire les expositions.
Conférence et communiqué de presse des trois Académies (17 décembre 2009)  : Réduire l’exposition aux ondes des antennes-relais n’est pas justifié scientifiquement (texte pdf)
NetSE Santé Environnement du 10 novembre 2009  : Radiofréquence : l’Afsset pour une réduction des expositions
NetSE Santé Environnement du 21 janvier 2010  : La manipulation de l’Afsset est confirmée
Rapport d'Alain Gest (pdf)

Sur Carnets de santé :
L’avis de l’Afsset sur les radiofréquences : une méthode à suivre
entretien avec André Aurengo (un des rapporteurs de l’avis des trois Académies)

L’Afsset vient de publier sur son site l’intégralité des communications du colloque qu’elle a organisé en juillet 2009 : "Gouverner l’incertitude. L’apport des sciences sociales à la gouvernance des risques sanitaires et environnementaux." Je ne saurais trop recommander d’aller le consulter.

Photo : Paris, 2009 © serge cannasse




     
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2 Messages de forum

  • Radiofréquences : une conciliation difficile

    10 mars 2011 12:27, par quikossioneki

    vous citez feu, NET SE qui a largement participé a attaquer l’afsset car ne se contentant plus de recopier les odonnances des bons docteurs.

    Curieusement quasiment toutes les traces de NET SE ont été nettoyés sur le net, meme pas en cache de google !

    Pourtant il est interessant de connaitre les noms et qualité de 3 membres du conseil scientifique sur 4.

    1°) André Aurengo membre de conseil d’administratiob d’EDF ex conseiller de Bouygues 2°) Rolland masse conseiller de Bouygues 3°) Dr Pierre-André Cabanes,Adjoint au Directeur du Service des Etudes Médicales EDF.)

    instructif !

  • Merci pour cet article intéréssant, un tonerre d’applaudissement pour ton blog

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