Accueil  > Entretiens > Ramiandrasoa Nadia
 
Entretiens
 
Éducatrice de jeunes enfants
 
Ramiandrasoa Nadia
octobre 2009, par serge cannasse 

Nadia Ramiandrasoa est éducatrice de jeunes enfants. Elle exerce dans une association de protection de l’enfance, en placement familial. Elle est membre du Conseil d’Administration Nationale de la FNEJE (Fédération nationale des éducatrices de jeunes enfants) après avoir été longtemps secrétaire de la FNEJE Yvelines. Elle nous parle des différentes facettes de son métier et des évolutions actuelles de la prise en charge de la petite enfance en France.

Qu’est-ce qu’une éducatrice de jeunes enfants ?

On me dit souvent que c’est un beau métier, parce que, vu de l’extérieur, on pense qu’il consiste à jouer avec les enfants. Il y a de ça, mais évidemment beaucoup plus aussi. Notre objectif est de donner à l’enfant (de 0 à 6 ans) les meilleures conditions pour grandir quand il est en dehors de son cadre familial, tout en tenant compte de celui-ci, de ce qui s’y passe et d’une manière générale, de ce qu’il vit à l’extérieur de la structure où il est accueilli, en particulier du niveau socio-économique de sa famille. C’est à la fois l’éveiller au monde et le protéger, dans le respect de la réglementation et des directives des autorités publiques.

Le métier comporte ainsi plusieurs aspects, depuis le fait de s’occuper d’un groupe d’enfants tout au long de la journée, au moyen de divers ateliers et animations, jusqu’à être experte ou coordinatrice pour la petite enfance dans une administration (CAF) ou gérer une structure ou plusieurs dans une même ville (en fonction de leur taille). Il s’agit alors d’encadrer une équipe (composée d’auxiliaires de puériculture et de CAP en petite enfance), d’organiser les journées des enfants (repas, coucher, arrivée et départ), de faire le lien avec la PMI et les services extérieurs. C’est un court résumé de nos fonctions, qui peuvent s’étendre jusqu’à la gestion financière, humaine et matérielle des structures et au suivi pédagogique des équipes.

Quelle est votre activité actuelle ?

Je travaille en placement familial : je m’occupe des liens et relations des enfants placés par l’Aide Sociale à l’Enfance avec leur famille d’origine et leur famille d’accueil, des relations avec les juges, les services sociaux, les instituteurs, etc. Je ne suis plus constamment avec les enfants, mais je les rencontre souvent.

Comment devient on éducatrice de jeunes enfants ?

Il faut d’abord réussir le concours d’entrée à l’une des écoles de formation, qui se passe après le Bac (il y a peu de places et beaucoup de candidats). Les études durent trois ans, en alternant cours théoriques et stages pratiques. Elles sont sanctionnées par un diplôme d’État.

Etes vous favorable à l’insertion des études dans la filière LMD (licence-master-doctorat) ?

A priori, oui, parce que la licence (le niveau « bachelor ») est un moyen de nous donner une reconnaissance professionnelle, y compris au niveau européen, donc de pouvoir exercer dans un pays de la Communauté. Mais nous ne voulons pas que notre formation devienne purement universitaire, détachée de la pratique : ce qui fait sa spécificité, ce sont les stages qualifiants, pendant lesquels les étudiants mettent en pratique ce qu’ils apprennent en théorie. Nous sommes prudents quant aux diplômes « technicien de la petite enfance » : ce qui compte, c’est le contenu de la formation. D’autant qu’il me semble que les écoles en France dispensent une formation très homogène entre elles et de très bon niveau, leurs directeurs et leurs enseignants se rencontrant souvent pour travailler ensemble.

Tenez vous à avoir la filière complète, c’est-à-dire non seulement la licence, mais aussi le master et le doctorat, qui sanctionne un travail de recherche ?

Ce qui compte d’abord pour nous, c’est la reconnaissance de notre spécificité selon un standard européen, avec les problèmes que cela pose et dont nous discutons. La recherche, c’est un autre métier.

Il y a des éducatrices de jeunes enfants dans d’autres pays européens ?

Oui, sous d’autres intitulés. Par exemple, nous travaillons beaucoup avec les Suisses, qui ont une réflexion très intéressante. Leur problématique est l’inverse de la nôtre : ainsi, les professionnels de leurs crèches sont avant tout des éducatrices de jeunes enfants alors qu’ici, l’encadrement est plutôt le fait d’infirmières puéricultrices. Parce que comme nous, ils n’ont pas de personnel en nombre suffisant, cela les fait s’interroger sur l’opportunité d’introduire des professions de santé, alors qu’en France, la petite enfance est déjà très médicalisée et que la réflexion porte sur l’opportunité de donner plus de place aux éducatrices de jeunes enfants. Je pense d’ailleurs que nous arrivons progressivement à un équilibre satisfaisant, les deux formations étant très complémentaires.

Avez vous le sentiment que les autorités administratives et politiques tiennent compte des avis des éducatrices de jeunes enfants ?

La FNEJE s’est battue pendant de nombreuses années pour faire reconnaître notre expertise, notamment en se positionnant sur tous les sujets concernant la petite enfance. Elle s’en est donnée les moyens. Nous avons une déléguée nationale qui consacre une partie de ses fonctions à la représentation de la profession, notamment en assistant le plus souvent possible aux commissions et aux réunions (parfois annoncées au dernier moment, ce qui arrive assez souvent ! ), de préférence avec un membre du CA. Il nous semble important d’ être réactifs.

Toutes nos positions sont issues de discussions collectives intenses, au niveau national et dans nos 32 associations départementales. Nous ne les menons pas seuls, mais y associons les autres professionnels concernés par la petite enfance : éducateurs spécialisés, assistantes sociales, assistantes maternelles, professionnels de la PMI, etc. Nos débats portent aussi bien sur la profession (par exemple, la construction des référentiels métier) que sur la politique actuelle de la petite enfance. Nous travaillons beaucoup sur les rapports et les projets de loi.

Aujourd’hui, la Fédération est reconnue, d’autant qu’elle est la seule organisation représentative de la profession. Le Ministère la convoque à toutes les réunions nous concernant.

Quelle est votre position à l’égard de la politique actuelle de la petite enfance ?

Nous partons du constat que les choses vont de toute façon changer, pour différentes raisons. Nous souhaitons que cela se fasse de manière concertée et non pas imposée. Nous tentons de montrer quelles sont les conséquences pratiques de chaque option, avec comme première préoccupation la qualité de l’accueil du jeune enfant. Dans ce qui s’annonce, tout n’est pas à rejeter. Quant aux points sur lesquels nous ne sommes pas d’accord, nous nous efforçons de faire des propositions alternatives réalistes.

Quels sont vos sujets d’inquiétude ?

Le premier est évident : ce sont les réductions de personnel. Le second est la tentation de compenser le manque de professionnels qualifiés par des gens formés rapidement et à l’économie. Nous refusons les formations au rabais : soyons prudents en ce qui concerne la VAE (Validation des acquis de l’expérience - note de CdS). Nous disposons d’excellents centres de formation ; pourquoi ne pas augmenter leurs capacités ? et pourquoi ne pas permettre aux gens de faire de vraies formations qualifiantes ?

Le temps de la formation est un moment important. C’est celui où on a le temps de lire, de réfléchir, d’échanger avec les autres, de faire des recherches, y compris sur soi-même. Il donne un apprentissage intellectuel pour lequel on a moins de temps ensuite et qui est très utile dans l’exercice de notre métier. Nous donnons beaucoup d’attention au contenu des formations, parce que les élèves sont de futurs collègues : nous tenons à ce qu’ils soient compétents !

Que pensez vous des jardins d’éveil ?

Ils ne sont pas nouveaux. Nous essayons d’ailleurs de répertorier l’existant. Il faut que ce soit de vrais lieux d’accueil, et non une façon de remplacer la crèche en attendant que l’enfant ait l’âge légal pour entrer à l’école. Ou s’il s’agit de faire des lieux passerelles, que ce soit dit et conçu comme tel.

Nous avons construit une charte de qualité des jardins d’éveil. Pour l’instant, les directives nationales nous paraissent bien floues. Il est important que cela permette d’adapter les projets aux contraintes géographiques, aux types de populations cibles et aux demandes des parents.

Quelles sont vos exigences premières ?

D’abord le taux d’encadrement. À l’âge de deux ans, les enfants ne sont pas propres, ils n’ont pas acquis d’autonomie. L’objectif est justement de les y amener tout en les conduisant vers un rythme collectif. Pour cela, il faut partir de leurs rythmes individuels, les respecter en étant à l’écoute de leurs besoins, et donc avoir du personnel en nombre suffisant. Si on suit les propositions actuelles avec un taux d’encadrement de 8 à 12 enfants par professionnel, il faudra se contenter de mettre les siestes, les repas, les toilettes, etc, à la même heure pour tout le monde.

Cela va de pair avec la qualité du personnel. Si un éducateur de jeunes enfants travaille avec cinq personnes non qualifiées, il va passer son temps à les former. Ensuite, il faut répondre aux demandes des parents. Enfin, il faut être attentif à l’existence d’un projet éducatif, que ce soit pour les « jardins d’éveil » ou pour les autres structures. Les textes prévoient un accompagnement et des réunions d’équipe pour soutenir les projets d’établissements. Dans la réalité, rien n’est prévu, ce qui aboutit à des situations très disparates d’un lieu à un autre, y compris dans la même ville.

Nous avons besoin d’évaluation. Elle est double : d’une part, pour répondre à la demande sociale qui est d’accueillir le maximum d’enfants, ce qui impose de pouvoir argumenter précisément sur le nombre effectif d’enfants reçus (pourquoi beaucoup à telle période et bien moins à telle autre, par exemple) ; d’autre part, pour nous aider à améliorer nos conditions d’accueil. Nous devons inventer nos propres critères, en tentant de bien quantifier (nombre de réunions, de parents reçus, pendant combien de temps, longueur du temps d’adaptation de chaque enfant, devenir de celui-ci quand cela est possible d’avoir l’information, etc).

Vos critères sont bien reçus par les administrations ?

La FNEJE a réussi a se positionner comme un référent professionnel de la petite enfance. Les éducateurs de jeunes enfants ont obtenu que ce soit eux qui fassent les rapports d’activité, que leurs propres analyses y soient prise en compte. L’erreur est de s’adresser à une entité administrative, alors qu’il faut avoir affaire à des personnes, trouver qui s’occupe de quoi et lui parler. Par exemple, dans chaque CAF, il existe une conseillère : c’est elle qu’il faut aller voir.

De quoi vit la Fédération ?

La FNEJE vit principalement des résultats financiers que générent les actions de formation (Journées d’Etudes Régionales et les Universités d’Automne) et les adhésions. Pour moi, la Fédération est m’indispensable : j’y apporte mes connaissances et je reçois beaucoup des échanges et des réflexions qui s’y font.

FNEJE
Les XVIIIèmes Journées d’Automne de la FNEJE auront lieu du 12 au 14 octobre 2009 à Perpignan. Leur programme est disponible sur le site de la Fédération.

Cet entretien a d’abord été publié dans le numéro 153 de septembre 2009 de la Revue des professions de la petite enfance.
Sur Carnets de santé, voir aussi l’entretien avec Claire Delmas, puéricultrice.

Photo : Inde du sud, 2008 © serge cannasse




     
Mots clés liés à cet article
  enfance éducatrice de jeunes enfants
     
     
Imprimer cet article
 
     
   
  Humeurs
Entretiens
Déterminants de santé
Problèmes de santé
Organisation des soins
Professionnels de santé
Economie de la santé
International
Transversales
Société
Chantiers
Images
Portail
Initiatives
Bonheurs du jour
   
   
Proposer un article
S'inscrire à la newsletter
Mots clés
Emploi
Liens
Contact
 
 
 
 
Wikio - Top des blogs - Santé et bien être