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Entretiens
 
Axios : une société privée pour le développement des soins dans les pays du Sud
 
Saba Joseph et Besson Marie-Hélène
décembre 2008, par serge cannasse 

Les laboratoires Boehringer Ingelheim ont confié la réalisation du programme de don de Viramune® à la société Axios, spécialisée dans le conseil stratégique et l’assistance technique. Joseph Saba, son directeur, et Marie-Hélène Besson, directrice du programme, expliquent comment se déroule le programme en pratique.

Pourquoi confier à une société privée le programme de don de Viramune® ?

Joseph Saba. Lorsque les laboratoires Boehringer Ingelheim ont annoncé qu’ils donnaient la Viramune® pour la prévention de la transmission mère-enfant du VIH, en 2000, la communauté internationale était enthousiaste. En effet, l’administration d’une dose unique de Viramune® à la mère et à l’enfant était le premier traitement à diminuer de manière simple le risque de transmission, de 40 %. Les besoins étaient énormes : plusieurs centaines de milliers de femmes étaient infectées.

Mais seulement quelques institutions ont réclamé le médicament. D’une part, il fallait mettre en place le dépistage, ce qui prend du temps. D’autre part, il n’existait aucun lien entre les institutions et les laboratoires Boehringer Ingelheim. Ils se sont alors tournés vers nous parce qu’ayant été les premiers à introduire les antirétroviraux en Afrique nous disposions d’une grande expérience. Notre société elle-même a été créée pour répondre à ce besoin : comment rendre les médicaments accessibles aux patients. Nous sommes engagés dans des activités de conseil, d’évaluation et de suivi de programmes, avec le souci de trouver des solutions innovantes et efficaces.

Nous avons mis en place une plateforme internet (Access to Treatment) sur laquelle les institutions peuvent faire une demande de Viramune®. Après examen par nos experts, soit elle est acceptée et le médicament est envoyé gratuitement jusqu’à l’aéroport international du pays, soit nous donnons des conseils pour qu’elle le soit. De plus, nous organisons un suivi qui permet d’adapter les quantités supplémentaires à envoyer et de poursuivre l’activité de conseil.

De cette manière, les laboratoires sont certains que les traitements mis à disposition sont bien utilisés par les bonnes personnes. Depuis, la plateforme a été ouverte à d’autres entreprises pharmaceutiques ayant des programmes d’accès au traitement.

Comment les gens connaissent ils la plateforme ?

Marie-Hélène Besson. Joseph a d’abord été expert à l’OMS, et il a donc beaucoup de contacts et d’amis dans les pays émergents. Nous avons alors commencé par des envois en masse de courriers électroniques.

Il est important d’insister sur un point : la démarche pour demander la Viramune® est assez simple, ce qui fait que les organisations les plus diversifiées peuvent s’adresser à nous, quelle que soit leur taille. Beaucoup d’ONG internationales se focalisent à aider les gros programmes qui donnent des résultats rapides. Ce n’est pas une mauvaise stratégie mais elle est insuffisante. Pour nous, la priorité est que tous ceux qui en ont besoin puissent obtenir le médicament, même si leur programme ne porte que sur quelques dizaines de femmes. Cela permet de toucher des populations éloignées, difficiles d’accès, qui n’ont pas les moyens de se doter d’experts (souvent indispensables pour concevoir des programmes répondant aux critères des organisations internationales). Notre souci n’est pas de faire uniquement du chiffre, mais de rendre un réel service aux gens, même s’ils montent un tout petit programme. Cela permet aux petits programmes de démarrer et ainsi d’étendre la prévention bien plus loin que dans les villes ou les gros bourgs.

JS. Ce qui fait l’intérêt de la démarche d’Axios, c’est le va-et-vient continuel entre nos expériences de terrain, les études que nous menons dans les pays et les experts qui conseillent ces petits programmes. Cela nous permet d’identifier les nouveaux besoins, de repérer les expériences locales qui marchent et de tester des projets pilotes.

Depuis l’initiative du don de Viramune®, de nombreux laboratoires ont une politique d’accès à leurs médicaments et les organisations internationales disposent de financements nettement plus importants. Cela a t’il changé quelque chose au programme ?

MHB. En Afrique, selon les régions, entre 40 et 60 % des femmes accouchent à domicile. En général, elles ont au moins une visite anténatale à l’hôpital le plus proche, même si elles n’y accouchent pas. La personne qu’elles consultent le plus, c’est l’accoucheuse traditionnelle. Elles ont confiance en elle et la respecte. C’est aussi avec celle-ci que les institutions travaillent : elles la préviennent que telle femme est venue et qu’elle a le médicament pour elle et son enfant. C’est grâce au dispositif fourni par le laboratoire que l’enfant peut recevoir une dose de Viramune® à sa naissance. Ça n’est pas compliqué : le médicament est donné avec une seringue pour mesurer la dose et depuis un an, médicament et seringue sont enveloppés dans une pochette aluminium de protection. La maman peut donc repartir dans son village avec le traitement. Cela permet de diffuser le traitement même dans les milieux d’accès difficile.

Bien qu’il y ait aujourd’hui globalement beaucoup plus de moyens qu’il y a quelques années, le programme de don de Viramune® permet de démarrer des programmes plus complets dans des endroits moins bien desservis par les grands projets. Au Cameroun, par exemple, nous avons aidé des petites institutions qui s’occupaient des visites prénatales de pas plus de 20 ou 30 femmes, mais qui n’avaient pas les moyens de donner des antirétroviraux en trithérapie, par manque de personnel formé. Grâce au programme, elles ont pu démarrer un dépistage, puis fédérer d’autres villages autour du centre de départ et arriver à suivre plus de 1500 femmes à présent.

JS. Les programmes PTME fonctionnent souvent comme des pionniers : ils permettent de mettre en place un dépistage et un circuit de soins et de suivi. Cela peut commencer par le programme de don de Viramune®. L’accès aux autres antirétroviraux vient ensuite. De plus, nous encourageons l’intégration des programmes dirigés contre le sida dans le système de santé local : il sert aussi à améliorer celui-ci.

MHB. Il ne s’agit pas seulement pour nous de donner un médicament. Notre activité de conseil, d’évaluation et de suivi est très appréciée par les responsables de programmes. De ce point de vue, nous apportons une réelle valeur ajoutée, d’autant que les démarches sont beaucoup plus simples qu’avec les grandes organisations internationales. C’est pour cela que certains continuent de travailler avec nous alors qu’ils pourraient aujourd’hui faire autrement.

JS. Ce qui est également très apprécié, c’est que depuis huit ans, ils ont toujours la même interlocutrice, Marie-Hélène. Dans les organisations internationales et les administrations, les gens changent constamment et cela oblige à tout réexpliquer à chaque fois.

MHB. Il ne faut pas oublier non plus la reconnaissance envers les laboratoires Boehringer-Ingelheim : ils ont été les premiers. Tout cela fait que nous travaillons en réel partenariat et que les gens sont attachés à ce programme. J’ai même des demandes de conseil qui ne portent pas sur le programme de don de Viramune® : les gens ont confiance.

L’activité des laboratoires pharmaceutiques a pourtant mauvaise presse en France. Certains reprochent aux laboratoires de se substituer aux pouvoirs publics.

JS. Mauvaise presse, peut-être, mais l’opinion apprécie ces programmes. Et ceux qui travaillent sur place en voient très bien l’intérêt.

Ce sont les initiatives privées qui ont fait démarrer les programmes, pas les pouvoirs publics. Les pouvoirs publics sont venus ensuite pour integrer ces initiatives dans les politiques nationales de santé et élargir la couverture. Cela dit, il n’y a pas d’opposition entre public et privé : les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients. Nous essayons de construire des stratégies gagnants-gagnants. Dans certains pays, par exemple en Côte d’Ivoire, plusieurs ONG ont demandé à bénéficier du programme de don de Viramune®. En fédérant leurs actions, elles ont permis de stimuler la mise en place d’un programme national, dans lequel leurs programmes sont aujourd’hui intégrés. De toute façon, les programmes se font toujours avec l’accord des autorités nationales. En l’absence de ressources nationales suffisantes, ils restent indispensables. En quelques années, les choses ont profondément changé et elles continuent à changer : la prise de conscience de l’industrie pharmaceutique va dans le même sens que la prise de conscience internationale.

Plateforme Accesstotreatment

Cet entretien, ainsi que l’article introductif et l’entretien avec le Dr Marie-Stéphane Nguessan et le Dr Mohamadou Niang, font partie du dossier de presse remis par les laboratoires Boehringer Ingelheim à l’occasion du Congrès ICASA (Dakar, 3-8 décembre 2008).

Photo : © LEEM (salle de presse)

Télécharger le dossier en pdf (article introductif et deux entretiens) :

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  grossesse sida Afrique génériques éducation opinion dépistage pays d’origine accès aux soins
     
     
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