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Un premier bilan de la réforme du médecin traitant
septembre 2007, par serge cannasse 

L’IRDES a publié un premier bilan de la réforme du médecin traitant, entrée pleinement en vigueur en janvier 2006, et dont le but premier est de réduire le recours "injustifié" aux spécialistes. Le résultat est pour l’instant mitigé. Quant à l’amélioration attendue de la prise en charge, la plupart des usagers ne voient aucune différence, et pour cause : leur médecin traitant est leur médecin habituel.

L’IRDES a publié en juillet un premier bilan de la réforme du médecin traitant, à partir de son enquête, annuelle, Santé et protection sociale 2006. Rappelons brièvement que cette réforme, inscrite dans la loi du 13 août 2004 sur l’assurance maladie et complètement mise en oeuvre à partir de janvier 2006, incite les usagers de soins à passer d’abord par leur médecin traitant avant de consulter un spécialiste (sauf gynécologue et ophtalmologue, plus psychiatre pour les jeunes âgés de 16 à 25 ans) : à défaut, le remboursement de leur consultation (tarif conventionné) passe de 70 à 60 % et le spécialiste peut imposer une majoration (plafonnée). Le but premier est de limiter le recours spontané au spécialiste, afin de faire des économies. Les autres sont de favoriser le parcours de soins et l’équité de leur accès.

D’après les chiffres de l’assurance maladie, 8 Français sur dix ont déclaré un médecin traitant à la sécurité sociale. L’enquête de l’IRDES montre que seuls 5 % y sont réellement réfractaires : ils n’ont pas choisi et ne choisiront pas un médecin traitant.

Médecin traitant : médecin de famille

Dans l’immense majorité des cas (93 %), le médecin traitant est le médecin de famille : le fait de ne pas en avoir multiplie par 5 la probabilité de ne pas choisir de médecin traitant. Comme le souligne l’IRDES, ” le dispositif s’est plaqué sur un schéma informel préexistant, les assurés y basculant naturellement dans le cadre de leurs relations avec leur médecin habituel ou de famille. Les hommes, les jeunes adultes, les actifs, en particulier les chômeurs, ont une probabilité plus forte de ne pas déclarer de médecin traitant. A l’inverse, les personnes plus âgées ou en mauvaise santé ont plus souvent un médecin traitant.” La réforme n’apporte donc guère de changement sur un de ses buts “seconds” : l’amélioration de la prise en charge, ce que confirme l’enquête (8 personnes sur 10 n’y voient aucune différence, alors que une sur quatre invoque son amélioration comme motif de leur choix d’un médecin traitant).

Recours au spécialiste : impact certain, mais dans quelle mesure ?

Et sur le but “premier” ? Seuls 5 % déclarent avoir renoncé à consulter d’eux-mêmes un médecin spécialiste et 3,7 % pour un motif lié à la réforme (”trop cher”, “trop compliqué”, etc). Mais de toute façon, au cours d’une année, un Français sur dix ne consulte pas de médecin et deux sur trois pas de spécialiste. De plus, on ne sait pas si ce renoncement porte sur des soins médicalement “injustifiés”, visés par la réforme. ” Il apparaît cependant qu’à profil socio-économique et état de santé comparables, l’impact du médecin traitant sur le renoncement aux soins de spécialiste est très significatif. Il augmente de 40 % la probabilité de déclarer renoncer, même si cette situation reste peu fréquente. ” Attendons donc.

Les personnes sans couverture complémentaire et sans CMU ont une ” moindre propension ” à déclarer un médecin traitant, ” toutes choses étant égales par ailleurs ” (âge, état de santé). Les auteurs de l’étude en donnent deux raisons : les bénéficiaires de la CMU n’ont pas de sanction en cas de non choix et de toute façon, ils recourent moins aux spécialistes…

Un système perçu comme obligatoire

Enfin, le travail de l’IRDES montre que huit personnes sur dix (82 %) pensent que le système est obligatoire ! alors que stricto sensu, il ne l’est pas. Un peu moins de la moitié (44 %) donne un motif économique à son choix ; presque un tiers (31 %) invoque la nécessité de faire faire des économies à la sécurité sociale, ce qui n’est pas si mal dans un pays dont on dit souvent qu’il manque de civisme.

La réforme du médecin traitant fait partie d’un ensemble plus large, dont il n’est pas charitable de rappeler qu’il comprend aussi des éléments essentiels comme le DMP (dossier médical personnel), à la mise en oeuvre pour le moins incertaine. Ce sont les résultats de cet ensemble qu’il faudra juger. Quand ? Les auteurs de l’étude en promettent d’autres. En attendant, on peut quand même se demander si notre système de soins, en particulier ceux de ville, n’a pas besoin d’un changement encore plus radical de son mode de fonctionnement, comme l’avait amorcé la réforme du médecin “référent”, que les praticiens n’ont guère suivie, mais qui semblait un début de réponse aux besoins d’un système de santé moderne, qui tente de concilier amélioration des coûts et amélioration des services rendus (la prévention et l’égalité d’accès aux soins, notamment).




     
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  médecin généraliste médecin spécialiste inégalités assurance maladie ville (ambulatoire) dépenses de ville CMU
     
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