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Zylberberg Thierry
décembre 2008, par serge cannasse 

Directeur d’Orange Healthcare, la division santé du groupe France Télécom, Thierry Zylberberg explique les changements qu’apporteront les nouvelles technologies de l’information pour les médecins et leurs patients : avant tout un considérable gain de temps et une meilleure coordination des professionnels.

Sur quels constats repose l’investissement d’Orange dans le domaine de la santé ?

Comme chacun le sait, les dépenses de santé vont continuer d’augmenter de manière inexorable. Or il y a un sous-investissement en technologies de l’information dans ce domaine comparé à d’autres, comme l’industrie, la banque ou l’administration, alors qu’elles permettent des gains de productivité considérables. Les professionnels de santé n’aiment pas beaucoup le mot productivité. Pourtant, cela ne signifie rien d’autre qu’utiliser mieux les ressources disponibles, qui sont forcément limitées, même dans le meilleur des mondes possibles.

On note souvent la réticence des professionnels de santé à utiliser ces technologies.

Il y a 80 % des médecins qui sont équipés en informatique, mais seuls 60 à 70 % d’entre eux ont un accès à Internet et parmi eux, leur accès est souvent à bas ou très bas débit, ce qui les empêche de l’utiliser au mieux. Cette réticence est très surprenante. Je pense qu’elle tient essentiellement à ce que les médecins ne sont pas formés aux nouvelles technologies pendant leurs études : on ne leur montre jamais en quoi elles peuvent améliorer leur exercice, avec des stages pratiques et non seulement des exposés théoriques.

Certains invoquent aussi les problèmes de sécurité, mais aujourd’hui, cet argument n’est pas très solide. Entre également en jeu la rétribution des actes faits éventuellement au moyen de l’internet. Par exemple, comment est rétribué le temps passé à lire une radio reçue par messagerie et à en faire un compte-rendu ? Les professionnels doivent ils recevoir une aide financière pour s’équiper ?

Un argument souvent avancé est celui de la déshumanisation qu’impliqueraient les nouvelles technologies. Pourtant c’est exactement le contraire qu’elles permettent, puisque leur intérêt essentiel est de faire gagner du temps, qui peut ainsi être consacré à la relation avec le patient ou à la résolution des problèmes de prise en charge. Pensez au temps considérable passé au téléphone pour régler des problèmes de coordination ou de paperasserie. Certains de nos clients l’ont bien compris et c’est pour cette raison qu’ils ont choisi nos solutions comme Rendez-vous santé.

Comment vaincre ces réticences ?

Pour notre part, nous allons très progressivement vers les professionnels, en essayant d’être à l’écoute de leurs besoins et de leur proposer des outils pour y répondre. Par exemple, on a créé un système qui permet de simplifier les échanges entre une structure d’HAD (Hospitalisation à domicile) et le patient à son domicile, qui intègre un scanner pour la transmission des ordonnances puisqu’aujourd’hui on ne peut pas les dématérialiser.

Je crois aussi que les futures ARS (Agences régionales de santé) faciliteront l’appropriation de ces nouveaux outils par les professionnels, parce qu’elles les feront se rencontrer, les incitant ainsi à formaliser leurs échanges et à développer leur coordination. Je pense en particulier aux relations entre médecins de ville et hôpital, notamment à la transmission au médecin traitant des dossiers patients à leur sortie d’établissement. Ce serait un gain de temps considérable par rapport à celui passé à essayer de reconstituer l’histoire du patient à partir de ce qu’il en dit et de ce qu’il en a compris ! Même si la transmission électronique n’est pas parfaite, c’est tout de même mieux que rien.

Il faut également tenir compte des modifications de la démographie médicale. Les médecins en milieu rural ou semi-rural ne seront pas tous remplacés, ce qui va obliger tous les professionnels de santé à travailler autrement. Nous allons vers un bouleversement de l’organisation des soins. Ainsi, nous serons obligés de mettre en place des systèmes d’aiguillage des patients, comme d’autres pays l’ont déjà fait (je pense notamment à l’Ecosse), par exemple à partir d’un numéro de téléphone : en fonction de ce qu’il dit, son correspondant l’oriente vers un médecin généraliste, un service d’urgence, un infirmier ou un pharmacien. Je pense que ces derniers sont appelés à jouer un rôle essentiel. Tous ces professionnels devront se coordonner étroitement, les nouvelles technologies peuvent les y aider fortement.

Les outils technologiques ne peuvent pas créer de la coordination à eux tout seuls.

Non, mais ils peuvent mettre en lumière les problèmes d’organisation, parce qu’ils obligent à réfléchir aux processus et à les écrire. Actuellement, les professionnels de santé passent leur vie à utiliser des processus implicites, non formalisés. Les processus de coordination n’existent que dans la mémoire des infirmiers, des ambulanciers et des brancardiers, qui sont les personnes qui font tourner le système.

Il ne s’agit pas de remplacer les décisions par des protocoles, mais d’aider les décisions grâce aux protocoles. Quant aux professionnels de santé, il s’agit donc plus de les former aux logiques de processus qu’à l’informatique proprement dite : comment simplifier les choses pour être plus efficace.

En plus de votre orientation vers les professionnels et les établissements de santé, vous développez également une offre vers les patients.

L’ensemble du système de santé devient centré sur les patients parce qu’aujourd’hui, ils exigent d’être associés aux décisions qui les concernent, qu’ils sont de plus en plus impliqués dans les processus qui les maintiennent en bonne santé et qu’il y a de plus en plus de malades chroniques du fait du vieillissement de la population. En 2015, il y en aura 12 millions en France. Actuellement, ils représentent près de la moitié du budget de la sécurité sociale.

Nous avons lancé des études sur le suivi des patients diabétiques (type 1 et 2). Nous leur proposons un logiciel dans lequel ils entrent leur paramètres biologiques (glycémie post-prandiale, insulinémie), leurs horaires de repas, les exercices physiques qu’ils ont pratiqués, etc. Les données sont transmises à leur médecin, qui peut donc voir où en est le diabète de son patient sans obligatoirement rencontrer celui-ci. Nous avons l’intention de mettre au point le même genre d’outil pour l’insuffisance rénale, l’insuffisance cardiaque et l’hypertension, en partenariat avec d’autres réseaux de soins. Ces outils devraient améliorer l’observance, surtout s’ils prévoient un système d’alerte pour le patient quand il ne respecte pas les prescriptions.

Certains pensent que ces outils sont liberticides. Je pense en particulier au bracelet pour les patients atteints de la maladie d’Alzheimer, avec un système de géolocalisation.

Revendiquer le libre-arbitre de ce type de patient me semble exagéré. Je crois qu’il faut aussi penser à leurs familles et aux personnels qui s’en occupent. Il ne faut pas oublier non plus que ces outils peuvent être très utiles à d’autres patients, par exemple les femmes enceintes. En cas de problème, ils permettent aux professionnels adéquats d’intervenir immédiatement, éventuellement de prévenir les proches.

Ces outils sont payants. Est ce qu’ils ne risquent pas d’aggraver les inégalités d’accès aux soins ? t Nous mettons sur le marché des outils dont nous pensons qu’ils peuvent rendre service. Bien entendu, c’est au public de décider si nous avons raison ou pas. Comme pour toute nouvelle technologie, certains les essaient avant les autres. Ce sont eux qui font la réputation du produit. S’il a du succès, il devient de moins en moins cher et se démocratise. C’est l’histoire du téléphone mobile. Il y a 20 ans, personne n’y pensait. Aujourd’hui, c’est quasiment devenu un droit : on trouve scandaleux quand une zone n’est pas couverte. Il est possible qu’au bout d’un certain temps, la collectivité décide que ces nouveaux outils de santé doivent faire partie du service public. Mais ça n’est pas à nous d’en décider.

Cet entretien est paru dans le numéro 810 du 25 novembre 2008 de la Revue du praticien - médecine générale.
Sur Carnets de santé : Le suivi électronique de son diabète par le patient
Orange Healthcare




     
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